ADN: faut-il revoir la loi pour donner plus de moyens à la police?

Dans le cadre de la campagne pour les élections fédérales du dimanche 20 octobre, nous avons demandé à certains candidats en lice dans le canton de Neuchâtel de s’exprimer sur des questions de politique nationale. Sept face-à-face sont programmés d’ici au mercredi 16 octobre. Aujourd’hui, nous évoquons le projet de la révision de la loi en matière d’ADN lors d’enquêtes de police. Gregory Jaquet (PS) et Magali Junod (UDC) en débattent.
03 oct. 2019, 17:00
La loi en matière d'ADN pourrait être modifiée pour donner davantage de moyens à la police lors d'enquêtes.

Gregory Jaquet (PS): «Oui, mais pas pour faire un «cadeau» à la police»

Oui, cette loi doit être révisée. Pas pour faire un «cadeau» à la police. Mais pour garantir à la population qu’on utilise toutes les ressources pour trouver les auteur.e.s de crimes. Tout en respectant un cadre strict de protection des droits fondamentaux pour les prévenu.e.s, pour les victimes et pour les personnes concernées par l’investigation en général.
Il n’est pas ici question de chicaneries ou de contrôles envahissants. Pas même de mesures qui seraient disproportionnées pour trouver l’auteur.e d’un vague vol de voiture. Mais de travail d’investigation lourd, lors de la commission de crimes graves. Les simples délits ou contraventions ne sont pas concernés par ce projet.

En bref, aujourd’hui les policiers souhaitent pouvoir utiliser une technique qui permet de connaître les caractéristiques morphologiques d’un auteur sur la base des traces laissées sur les lieux. Ils souhaitent aussi pouvoir identifier un membre de la famille de l’auteur.e s’ils ne sont pas tombés directement sur lui.elle, pour augmenter l’acuité de leurs recherches.
La loi proposée précise les modalités de traitement et les limites de l’utilisation des profils. Elle offre ainsi ce que la population mérite: une procédure pénale proportionnée qui garantit aux victimes que tout est mis en œuvre pour trouver leur agresseur et aux innocents que leur liberté n’est pas galvaudée.

En tant qu’ancien enquêteur de police judiciaire et formateur de policier.ère.s en matière d’éthique et de respect des droits humains, je connais bien le nécessaire équilibre entre la justice et la liberté. Il est abouti dans ce projet de loi, que je soutiendrais en en discutant éventuellement quelques modalités techniques durant les débats.

Magali Junod (UDC): «Oui, les délinquants pourront être arrêtés»

L’analyse ADN sauve des innocents et arrête des criminels. Sur la scène judiciaire Suisse, elle a provoqué un chamboulement majeur quant à la manière de conduire les enquêtes. Elle apporte les éléments nécessaires pour permettre à la justice d’obtenir la vérité.
Cette technologie est un nouvel outil qui permet de soutenir la police de manière efficace dans ses enquêtes. Certains y voient une intrusion inconcevable de la sphère privée. Il faut au contraire voir son utilisation de manière favorable. Elle est une aide supplémentaire pour la police, qui permet d’identifier ou d’innocenter des suspects.

Sur la base de l’analyse ADN, de nombreux délinquants dangereux pourront être arrêtés. Les juges pourront établir des corrélations entre les cas, permettant ainsi un jugement plus précis des agissements de l’auteur. Il faut complémenter l’enquête par d’autres éléments de preuve.

Souvenons-nous que seule l’UDC a soutenu l’initiative pour l’internement et a réprouvé une application vénale du texte des criminels dangereux et non amendables. Figurant parmi eux de nombreux violeurs, voire tueurs en série.

Grâce aux progrès de la science, l’analyse ADN élargit fréquemment son champ d’action. Vouloir entraver et empêcher son utilisation par des mesures restrictives est irresponsable. Il faut aller vers la quête de la vérité pour ne pas encourager la criminalité. Les victimes méritent que la science soit de leur côté lorsque le crime frappe. Leurs intérêts doivent primer sur celui des délinquants.

Donnons plus de moyens à la police, révisons les lois en vigueur pour protéger les innocents.