Une finale indécise pour Roger Federer

Jo-Wilfried Tsonga n'a pas pesé lourd face à Roger Federer en demi-finale de l'Open d'Australie. Le Bâlois aura certainement la partie plus difficile demain contre Andy Murray en finale (9h30).
30 janv. 2010, 11:09

Une véritable exécution: tel est le triste sort enduré par Jo-Wilfried Tsonga (no 10) en demi-finale de l'Open d'Australie devant Roger Federer. Le Français a été déclassé par le no 1 mondial, victorieux 6-2 6-3 6-2.

Roger Federer s'est ainsi qualifié avec une facilité dérisoire pour la vingt-deuxième finale de sa carrière dans un tournoi du Grand Chelem, sa cinquième à Melbourne. Il affrontera demain (9h30 en Suisse) Andy Murray (no 5) pour un «remake» de la finale 2008 de l'US Open que le Bâlois avait gagnée 6-2 7-5 6-2. Roger Federer reste, par ailleurs, sur deux succès contre l'Ecossais, l'an dernier à Cincinnati et au Masters de Londres.

Cette finale s'annonce particulièrement indécise. Andy Murray a, en effet, laissé une très grande impression depuis le début de la quinzaine. Il n'a lâché qu'un seul set en six rencontres, le premier de sa demi-finale de mercredi contre Marin Cilic. Seize mois après la partie de New York où il avait été écrasé par le poids de l'enjeu, le Britannique a gagné en expérience et en «volume». Les deux hommes partent vraiment sur la même ligne.

En revanche, la demi-finale de Roger Federer contre Jo-Wilfried Tsonga a tourné, comme on l'attendait, à la démonstration. Le Français ne possède pas le bagage technique pour inquiéter Roger Federer dans une rencontre aussi importante. Avec son slice, le Bâlois a tranquillement tissé sa toile pour «détruire» le jeu de son adversaire. Après 19 minutes de jeu, il menait 4-1. Il devait signer quatre autres breaks pour rendre une copie parfaite.

Trop vulnérable sur son revers, «Jo» Tsonga ne s'est pas procuré une seule balle de break sur l'ensemble de la partie. Roger Federer s'est régalé contre un adversaire qui a tenté le pari de l'amortie pour le déstabiliser en début de rencontre. Mais avec sa «main», le Bâlois a très aisément déjoué le piège. Il n'y a pas un seul compartiment de jeu où il fut inférieur au joueur du Mans.

Le Suisse a pu conclure en moins d'une heure et demie (88 minutes) un match qui ne pouvait pas lui échapper malgré toutes les fines analyses de la presse hexagonale. L'emprise exercée par le Bâlois n'était pas sans rappeler sa démonstration d'il y a trois ans à Melbourne au même stade de la compétition face à Andy Roddick, écrasé 6-4 6-0 6-2.

«J'ai sans doute laissé trop de forces lors de mes matches précédents», regrettait Jo-Wilfried Tsonga. «J'ai manqué de tonicité. Il a pris la balle plus tôt que moi. Il joue sur sa ligne de fond. Roger n'a pratiquement rien raté. Il a livré un grand match. En face, on devient impuissant. Le score parle de lui-même.»

«D'autres ont perdu contre lui avant moi», ajoute le Français. «On sent qu'il est relâché. Dans un tournoi du Grand Chelem, il sait qu'il a le temps avec ces rencontres au meilleur des cinq sets. Il est plus difficile à battre à Melbourne qu'à Montréal.»

Après avoir pris conscience de la dimension de Roger Federer dans un tournoi du Grand Chelem, le Français n'avait qu'un seul conseil à donner à Andy Murray: «Sois prêt à courir!» /si

«La pression sera sur Andy Murray» assure Federer

«La pression sera sur Andy Murray. Cela fait 150 000 ans que les Britanniques attendent de remporter un tournoi du Grand Chelem.» S'il se trompe de dates à dessein (74 ans et non 150 000), Roger Federer est dans le vrai. C'est bien l'Ecossais qui aura tout à perdre demain. Surtout qu'il a été battu lors de sa première finale à New York en 2008», précise le Bâlois. «J'ai le sentiment qu'Andy Murray est davantage que moi dans l'obligation de gagner. On verra comment il va gérer le contexte de cette finale. Mais cela ne sera pas facile pour lui.»

«L'issue de la partie dépendra de moi. Surtout face à un adversaire qui n'est pas un attaquant», poursuit Roger Federer. «Andy Murray est un contreur. Il me pose les mêmes problèmes auxquels j'ai été confronté par le passé contre Lleyton Hewitt et David Nalbandian. Si je n'étais pas dans un bon jour, je sortais du court en leur serrant la main et en disant: bien joué!»

Après sa démonstration contre Tsonga - «J'ai été surpris de le dominer aussi nettement», avouait-il -, Roger Federer aborde le choc de demain avec une confiance renforcée. «Je suis frais physiquement. Je suis prêt à aller au combat», lance-t-il. «Je ne veux pas rester en rade à un match du titre. Mais je mesure toute la difficulté de la tâche qui m'attend face à un joueur qui excelle sur le plan tactique et qui possède deux coups très forts: le retour et le revers.» Le fait qu'Andy Murray mène dans leurs face-à-face (six victoires contre quatre défaites) ne procure pas, aux yeux de Roger Federer, un véritable ascendant à l'Ecossais. «Je l'ai battu lors de notre seule confrontation au meilleur des cinq sets: la finale de l'US Open 2008», avance-t-il. Je ne veux rien lui enlever, mais il m'a battu plusieurs fois alors que je n'étais pas à mon meilleur niveau». Fatigué à Cincinnati en 2006 quelques jours après son titre à Toronto, malade à Dubaï et à Shanghai en 2008, sur la retenue à Doha et à Indian Wells en 2009 en raison des séquelles de sa blessure au dos: l'argument est recevable. La finale de Melbourne tombe au moment opportun pour départager enfin deux joueurs qui, affirme avec force Roger Federer, entretiennent des relations cordiales. On aurait pourtant parié le contraire... /si

Open d'Australie

Melbourne. Premier tournoi du Grand Chelem (24 millions de francs, dur).

Simple messieurs. Demi-finale: Roger Federer (S, 1) bat Jo-Wilfried Tsonga (Fr, 10) 6-2 6-3 6-2.

Double dames, finale: Serena et Venus Williams (EU, 2) battent Cara Black-Liezel Huber (Zim-EU, 1) 6-4 6-3. /si