Trop tôt pour Albrecht

Victime d'une terrible chute en janvier 2009 à Kitzbühel, Daniel Albrecht ne skiera pas en Coupe du monde cette saison. Le Haut-Valaisan ne risquera pas de précipiter son retour. Il est persuadé qu'il reviendra.
22 janv. 2010, 12:08

Daniel Albrecht (26 ans) avait convoqué la presse hier à Kitzbühel. La rumeur fofolle godillait à la Stenmark dans une fourchette allant de la retraite sportive au retour en géant la semaine prochaine à Kranjska Gora. Le rescapé de la Streif fit son entrée sous les applaudissements d'une salle comble et le crépitement des flashes. Au final, ce rendez-vous global ne cachait aucun scoop véritable, mais la volonté légitime de dire en une fois la même chose à tout le monde. Le Haut-Valaisan a simplement confirmé qu'il ne skierait pas en Coupe du monde cette saison, et qu'il se préparait d'ores et déjà pour… plus tard.

«C'est trop tôt. Je ne suis pas prêt. La nature de mes blessures m'oblige à beaucoup de prudence», a lâché le skieur de Fiesch. «Vouloir revenir trop vite serait prendre le risque de me blesser à nouveau. Or, je sais que j'ai passé tout près de la frontière. J'ai déjà beaucoup de chance d'avoir l'occasion d'essayer à nouveau. Je suis fier et heureux d'être encore là.»

Capable de bien skier à l'entraînement, Daniel Albrecht est parfois victime de «blancs» pénalisants pour le chrono, et surtout dangereux pour sa santé retrouvée. «La technique et le toucher de neige sont là, mais tout n'est pas parfait. J'ai des problèmes (réd: concentration, réaction) sur les terrains difficiles et verglacés.» Dans la vie quotidienne, il lui arrive encore de ne pas trouver ses mots.

Le 22 janvier 2009, le champion du monde du supercombiné en 2007 à Are (argent en géant) avait été victime d'une effroyable chute à l'entraînement sur le saut final de la Streif. On se souvient des images, terrifiantes, insoutenables dans leurs versions ralenties. Victime d'un traumatisme crânien, d'une hémorragie cérébrale et de contusions à un poumon, il avait été plongé dans le coma artificiel pendant trois semaines.

Après 98 jours d'hôpital et un long processus de récupération, quasiment une renaissance, le Haut-Valaisan avait rechaussé ses skis, affichant même son vain espoir de disputer le géant d'ouverture de la Coupe du monde en octobre à Sölden. Encore repoussé à Beaver Creek, ce retour n'aura donc pas lieu, au mieux, avant la saison prochaine.

«La date exacte n'a pas beaucoup d'importance», assure Daniel Albrecht. «Je sais simplement que je veux essayer et que je vais travailler fort pour cela. Je pourrais déjà signer des résultats moyens mais cela ne me suffit pas. Je veux retrouver mon niveau d'avant, en sachant que ce sera encore plus dur pour moi de gagner...»

Celui qui glana trois couronnes mondiales en 2003 chez les juniors (descente, géant, combiné) n'est pas remonté sur la Streif. Le tourisme ne le tente pas. «Je retournerai sur une piste le jour où je me sentirai capable d'être l'un des premiers en bas.» D'une manière générale, l'émotionnel retour à Kitzbühel s'est bien passé. «Je ne savais pas comment j'allais réagir, quels seraient mes sentiments. Mais je me sens bien. C'est déjà un grand pas sur le bon chemin.» /PTU

Quand l'humour va...

Daniel Albrecht est apparu souriant et ému, étonné de voir «autant de monde» dans la salle. Ses interventions n'ont pas manqué d'humour, chasseur de désespoir et révélateur de moral retrouvé. Lui qui avait perdu 15 kilos après son accident dit avoir regagné son poids de forme. «Quatre-vingt-neuf kilos. Et que du muscle!»

Les succès de l'équipe de Suisse lui font plaisir. Surtout ceux de son ex-camarade de chambre Carlo Janka. «J'ai commencé par lui envoyer un SMS à chaque bon résultat, puis j'ai arrêté. Je lui en enverrai un à la fin de l'hiver pour le féliciter de son incroyable saison!» Le Haut-Valaisan va plus loin: «Quand je l'ai vu tout gagner, je me suis dit: laisse le savourer ces beaux moments, et ne reviens que la saison prochaine!»

Daniel Albrecht regarde les courses à la télévision, ce qu'il n'avait plus l'occasion de faire depuis que c'est lui qui skie dans la boîte. «C'est étrange, je connais presque tous les coureurs, certains très bien, comme Cuche ou Janka. Je vois leurs fautes, leurs bons passages, et je sais à l'avance ce qu'ils vont dire et comment ils vont réagir. Ce n'est pas très intéressant!» /ptu

«Les images de ma chute sont claires, mais c'est comme si ce n'était pas moi»

La chute de Daniel Albrecht est en passe de devenir un mauvais mais lointain souvenir. «Les images sont claires dans ma tête, mais je les vois comme un film. Comme si ce n'était pas moi.» On espère vivement d'autres prises de vue où ce serait bien lui, en combinaison et pas en civil, et où il gloutonnerait comme avant les centièmes et les adversaires. /ptu

Un super-G en entrée

Didier Cuche a terminé deuxième (à 0''12 de Bode Miller) du dernier entraînement avant la descente de demain (11h30), dont le départ avait été abaissé en raison du brouillard. Didier Défago, le champion sortant de la Streif, pointe au 17e rang, à 1''62 de l'Américain. Leader du classement mondial de la descente, le Vaudruzien est le patron de la discipline. «Sur le papier», précise-t-il. «Avec ce qu'il a montré à Lake Louise (3e), Beaver Creek (1er) et Wengen (1er), sur des pistes aux caractéristiques aussi différentes, Carlo Janka (réd: 21e hier à 1''90) va vite devenir le patron, s'il ne l'est déjà… Dans un sens, ça m'arrange de n'avoir plus trop d'années à faire. Il va rendre la vie difficile à beaucoup de skieurs!»

Avant de se partager très peu chrétiennement la galette des rois, les as de la vitesse auront un super-G à disputer ce matin (11h30). «A Kitzbühel, cela débouche toujours sur une course très ouverte», relance Didier Cuche (dossard 17). «Cela permettra de se mettre dans le bain au niveau de l'intensité, du risque et de la nervosité, avant le gâteau de samedi.»

Reste à savoir qui croquera dans la fève… /ptu

Le saut final de la Streif ne saute plus, Cuche le regrette

Fatal à Daniel Albrecht l'an dernier, le saut final de la Streif a été arrondi et remblayé pour atténuer la compression. Du coup, les skieurs ne sautent plus. Pour beaucoup, dont Didier Cuche: «C'est dommage.» /ptu

Coupe du monde messieurs

Kitzubühel. Dernier entraînement en vue de la descente messieurs de demain: 1. Bode Miller (EUA) 1'52''21. 2. Didier Cuche (S) à 0''12. 3. Andrej Sporn (Sln) à 0''41. 4. Aksel Lund Svindal (Nor) à 0''46. 5. Mario Scheiber (Aut) à 0''49. 6. Michael Walchhofer (Aut) à 0''51. 7. Tobias Grünenfelder (S) à 0''59. 8. Natko Zrncic-Dim (Cro) à 0''69. Puis: 17. Didier Défago (S) à 1''62. 18. Ralf Kreuzer (S) à 1''74. 19. Marco Büchel (Lie) à 1''78. 20. Werner Heel (It) à 1''80. 21. Carlo Janka (S) à 1''90. 24. Silvan Zurbriggen (S) à 1''93. 33. Patrick Küng (S) à 2''29. 35. Cornel Züger (S) à 2''65. 36. Manuel Osborne-Paradis (Can) à 2''66. 46. Beat Feuz (S) à 3''87. 52. Benjamin Raich (Aut) à 4''76.