Seul contre tous

Pat McQuaid, président de l'Union cycliste internationale (UCI) est plus déterminé que jamais à défendre son institution et son sport. Il est toujours convaincu que le ProTour est la meilleure façon de développer le cyclisme. Et il va se battre envers et contre tous. Tour de France (conflit avec ASO), AMA (Agence mondiale antidopage), certaines équipes, quelques puissants médias et une partie des coureurs: tout le monde, ou presque, tire à boulets rouges sur l'UCI. Il en faudrait plus pour ébranler son président rencontré à Bruges avant le Tour des Flandres. Pat McQuaid (58 ans) est plus déterminé que jamais.

08 avr. 2008, 12:00

Pat McQuaid, où va le cyclisme?

Je ne sais pas encore. Il faudra voir comment va se comporter ASO (société organisatrice du Tour de France, Paris-Roubaix, etc.) à l'avenir. Un jour, elle fait un pas en avant, l'autre elle revient en arrière. C'est difficile de prévoir l'avenir dans ce contexte. Une chose est cependant sûre, nous allons poursuivre sur le même chemin et continuer de développer le cyclisme au niveau mondial. Le tout est de savoir si les grandes fédérations, comme la française, et les grands organisateurs, comme ceux du Tour de France, veulent participer à ce développement.

Pourquoi toutes ces polémiques?

Cela ne date pas d'aujourd'hui. Dès 2005, lors de l'élaboration du ProTour, des conflits sont apparus. Je suis dans le cyclisme depuis longtemps (élection au comité directeur en 1998) et j'ai assumé un héritage (réd.: le ProTour a été créé par son prédécesseur Hein Verbruggen). Cela dit, je suis à fond derrière l'idée du ProTour. La réforme du cyclisme professionnel était, et demeure, quelque chose de nécessaire.

Les querelles personnelles n'ont-elles pas pris le dessus sur l'intérêt général?

Ce ne sont pas des disputes personnelles, mais de principes. Je n'ai rien personnellement contre les responsables des fédérations ou des organisations concernées. ASO défend une position économique. Nous travaillons pour le développement du cyclisme. Les organisateurs du Tour de France estiment que notre politique nuit à leurs intérêts. Ils ont tort. Le développement du cyclisme sur d'autres continents offre un grand potentiel de popularité à leurs épreuves. Le Tour est, et restera, la course numéro 1. Elle deviendra même plus populaire si le cyclisme se développe dans le monde entier.

Après la décision de la fédération française (FFC) d'inscrire Paris-Roubaix au calendrier de l'UCI, un certain apaisement semble revenu. Jusqu'à quand?

La FFC n'a pas fait un geste envers nous, elle a fait quelque chose de normal. Nous allons maintenant attendre ce qu'il va se passer. Peut-être que nous aurons droit à un nouveau Tour. Nous sommes toujours prêts au dialogue, mais pas avec un pistolet sur la tête. Actuellement, ASO ne veut faire aucune concession, nous ne pouvons pas négocier dans ces conditions.

Malgré tout, les courses ont lieu?

Pour nous, c'est important. Si nous assistons à de belles courses, c'est aussi grâce au ProTour qui a augmenté le niveau de la compétition. Mais nous ne pouvons pas laisser des épreuves, comme ce fut le cas à Paris-Nice, se dérouler en dehors de notre règlement. Si on continue comme ça, dans une année ou deux, il n'y aura plus de calendrier international. Notre devoir est de gouverner et de mettre de l'ordre.

Vous voulez continuer le ProTour, mais avec quelles équipes, plusieurs sponsors ayant annoncé leur retrait?

Je pense que nous aurons de nouveau assez d'équipes la saison prochaine pour faire le ProTour. Les managers ont besoin de pouvoir assurer leur participation à un certain nombre de grandes courses pour trouver des sponsors. Le vélo reste le sport le moins cher pour une entreprise voulant se faire connaître internationalement.

Vous êtes donc optimiste pour l'avenir.

Je veux continuer d'essayer de développer le cyclisme professionnel. Ce n'est pas facile de gouverner dans la situation actuelle, avec le principal organisateur de course contre nous. Mais je ne pense pas que notre sport se porte mal. A part le cyclisme sur route, toutes les autres disciplines (BMX, VTT, etc.) vont bien.

Pensiez-vous devoir faire face à autant de difficultés avant votre élection?

Non, je pensais que mon mandat, qui se terminera en 2009 à Mendrisio, serait plus tranquille. Mais tout cela n'est pas de ma faute. Je n'y peux rien si ASO ne veut pas entendre parler du ProTour ni que Floyd Landis et d'autres grands coureurs se soient dopés. / JCE