«Pris en otages»

Depuis le début de la saison, les conflits politiques n'ont pas épargné le cyclisme. Nouveau président du syndicat des coureurs, le Français Cédric Vasseur plaide pour le dialogue, tout en portant un regard lucide sur son milieu. Cédric Vasseur (37 ans) a mis fin à sa carrière en 2007, après le Tour de Lombardie. Dans la foulée, le 19 octobre dernier, il a été élu à la tête de l'association des coureurs professionnels associés (CPA), soit le syndicat des cyclistes pros. «Je n'ai pas recherché ce poste et je ne pense pas m'y accrocher», explique ce double vainqueur d'étape et porteur du maillot jaune sur le Tour de France. «Il y a assez de monde dans le vélo qui s'accroche à sa place sans que cela soit forcément sain pour notre milieu.» Première pointe...

15 avr. 2008, 12:00

Le Français, ex-coureur des équipes Cofidis (il a été innocenté lors du procès) et Quick Step, n'a pas sa langue dans la poche, mais ne tire pas à boulet rouge sur tout le monde non plus. «Je veux juste apporter mes idées et mon vécu», se justifiait-il dans la ferveur du départ de Paris-Roubaix. «J'ai été souvent actif au niveau syndical durant ma carrière. J'ai envie de continuer à défendre mon sport. Le vélo est avant tout une passion. Je suis là pour rendre service, ce poste n'est pas rémunéré.»

La raison de son élection est simple. «Il n'y avait pas beaucoup de monde pour succéder à Francesco Moser, notre ex-président, et je pense qu'il fallait un renouvellement», lâche-t-il. «Notre point de vue n'a pas assez souvent été pris en considération lors des grandes décisions. Nous méritions d'être mieux défendus.» Sa voix est-elle entendue? «Je m'exprime ouvertement lors des réunions du Conseil du ProTour», indique-t-il.

L'arme de Vasseur? «Le dialogue», insiste-t-il. «Il faut impérativement que les représentants du monde du cyclisme parlent plus ensemble. C'est indispensable pour redonner une certaine crédibilité à notre sport.» Ce n'est pas gagné, d'autant que le conflit UCI-ASO fait toujours rage. «Les coureurs sont pris en otages, ils se trouvent entre deux feux», constate-t-il. «Une meilleure collaboration entre les instances est nécessaire. Le ProTour est une idée géniale, mais il est mal né. Pour mondialiser le vélo, l'UCI a besoin des organisateurs de grandes courses telles que le Tour des Flandres, Paris-Roubaix et le Tour de France. Sans elles, on ne peut pas développer le vélo.»

La situation de non-droit actuelle n'enchante pas Cédric Vasseur. «On ne peut pas commencer à organiser chacun sa course du jour au lendemain. A ce rythme, certaines épreuves vont disparaître.» Tout cela pour des querelles de personnes. «Il y a plus d'argent dans d'autres sports et pourtant moins de conflits», constate Cédric Vasseur.

Pour le nouveau président du CPA, les grands perdants de la guerre sont les coureurs et le vélo. «Ces histoires ne regardent pas les cyclistes. Ils sont là pour courir, c'est tout. Leur carrière ne dure pas 40 ans comme celle d'un directeur de course. On ne peut pas les pénaliser parce qu'ils font leur métier», se lamente-t-il en faisant référence aux éventuelles sanctions contre les participants au dernier Paris-Nice, qui s'est déroulé sous l'égide de la Fédération française de cyclisme et sous la menace de l'UCI.

La voix des coureurs serait plus entendue si le peloton faisait preuve d'unité. «Les coureurs n'ont pas tous les mêmes intérêts ni les mêmes salaires», reconnaît Cédric Vasseur. «Dans une équipe, comme en course, il y a de la concurrence. Cela fait des années qu'il n'y a plus de solidarité dans le peloton. Il faut simplement une instance forte pour régir le cyclisme.»

A voir le succès populaire des classiques, ce sport a un avenir devant lui. «Ce n'est pas possible de ne pas trouver des sponsors lorsqu'on voit ça», lance-t-il dans une tente d'accueil de Paris-Roubaix. «Le dopage est une fausse excuse. Chacun doit travailler dans le même sens. Avec une meilleure formation et éducation des coureurs, ainsi que des structures saines, notre sport peut retrouver sa crédibilité.»

Cédric Vasseur est prêt à apporter sa pierre à l'édifice. Cet ex-grand rouleur n'a jamais été effrayé par l'effort. / JCE