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Peloton internationalà la séance d'entraînement du matin

«Après cet entraînement, la compétition me paraîtra facile», dit Viktor Röthlin. Il vient de courir 30 km en compagnie de Kényans et de Chinois dératés. Il affiche 228 km au compteur de sa semaine. Sous l'équateur, le soleil se réveille en sursaut. Il jette maintenant sa lumière sur la belle région de Nangili, à 1922 m d'altitude, à 50 km d'Eldoret. C'est sur ces chemins de terre rouge, dans la lumière frissonnante de l'aube, qu'une vingtaine de coureurs se préparent à leur «long run» hebdomadaire. Il est un peu moins de 7 heures en ce samedi matin. Le 4x4 du coach italien, Claudio Berardelli, déverse sa cargaison ordinaire de champions, Benson Cherono, Benson Barus, Toroitich Haron, Viktor Röthlin, une moyenne de 2h09 au marathon... D'un minibus sort l'équipe nationale de Chine, venue s'aguerrir au contact des Kényans. D'un pick-up tombent des athlètes frigorifiés par le voyage.

08 mars 2007, 12:00
SOUS LE SATELLITE

L'entra?nement n'a rien d'empirique: tout ob?it ? un plan, au chrono, au GPS, les sonneries de l'?lectronique marquent la progression des coureurs. Ils pr?parent leurs objectifs en fonction d'un cycle de trois semaines, dont la derni?re sortie est successivement de 30, 35 et 38 km. S'ils viennent tous ? Nangili, c'est parce que le parcours est ?talonn?: le temps final sera une r?f?rence incontestable. Chacun pourra jauger sa forme ? quelques semaines de Paris, de Zurich ou de Londres; chacun saura o? se situer par rapport ? Martin Lel qui a sign? un temps de 1h57 sur les 35 km, contre 2h00'06'' pour R?thlin. Ce groupe, rattach? ? la ville de Kaptagat, aurait tr?s bien pu se frotter ? la mont?e de Fluorspar, une c?te de 21 km avec 1200 m de d?nivellation, sans un m?tre de plat. Cette ann?e, R?thlin a r?ussi un temps de 1h27, ?c'est trois minutes de mieux qu'en 2006, mais c'est deux minutes de plus que Martin Lel?, commente le Suisse, qui aujourd'hui partira pour 30 km.

UN ?CHAUFFEMENT

En th?orie, il s'agit d'un entra?nement. Mais c'est un entra?nement qui exige un ?chauffement: les coureurs trottinent, v?rifient le la?age des chaussures, all?gent leur tenue... Il y a quelques minutes, sur le chemin de l'entra?nement, ils ?taient en train de se chambrer: Toroitich se cherchait des excuses; il ?tait rentr? dans la nuit d'un 5000 m couru en 13'50 ? Nairobi, ce qui lui a valu la troisi?me place et les sarcasmes de ses camarades. ?Tu disputes une course de s?lection pour l'arm?e de l'air et tu ne saurais m?me pas diff?rencier l'avant de l'arri?re d'un avion! Heureusement que tu n'es pas pilote!?

LE SUCC?S DU LI?VRE

Claudio Berardelli donne le d?part, le peloton s'?branle au petit trot, entre les cyclistes, fiers derri?re leur guidon anglais, entre les ?coliers, les vaches et les chiens, toute une Afrique matinale s'est donn? rendez-vous. Ce matin, les coureurs ont l'humeur vagabonde: 4'51 au premier kilom?tre, peloton compact autour de Viktor R?thlin et des deux Benson. ?Tu vois le gars avec la veste bleue, demande Claudio Berardelli? C'est James Kutto. Il courait autour de Kapsabet. Je lui ai propos? de nous rejoindre pour quelques entra?nements. Puis, j'ai pens? qu'il ferait un bon li?vre au marathon de Florence, ? la fin du mois de novembre. Finalement, comme je le trouvais en forme, je lui ai dit de faire sa course. R?sultat: il a gagn? le marathon de Florence pour sa premi?re course internationale et il a ?tabli un nouveau record du parcours en 2h08'41.? Au Kenya, les li?vres ne respectent pas leur cahier des charges.

?PAS TOI, BENSON?

Les coureurs piaffent et un certain Benjamin - ?il vaut 2h10?, estime Claudio Berardelli - se sent des fourmis dans les post?rieures. Claudio se porte ? sa hauteur: ?S'il te pla?t, Benjamin, s'il te pla?t... Tranquille.? Benjamin ren?cle, r?int?gre les rangs. La vitesse augmente: 3'55, 3'37, 3'35. Ils passent aux 5000 m en 19'35; aux 10 000 m en 36'35... La s?lection se fait par l'arri?re, les premiers coureurs sont l?ch?s, dont quelques Chinois qui peuvent mesurer tout le chemin qui m?ne ? P?kin. Viktor R?thlin est toujours dans le coup, aux avant-postes. Soudain, c'est l'accident: Benson Barus, le dernier vainqueur du semi-marathon d'Eldoret, le plus grand palmar?s du groupe, ancien champion du monde junior sur 10 000 m (en 1998), se tord la cheville gauche... Il monte dans le v?hicule: ?Pas toi, Benson!?, se lamente le coach. Benson Barus ?tait sur orbite pour gagner le marathon de Paris, au mois d'avril. Cette entorse jette un froid dans l'?quipe. La blessure est moins grave que pr?vu: huit jours plus tard, Benson Barus remportera le semi-marathon d'Ostie en 1h00'18. Paris, tiens-toi bien!

VIKTOR D?CROCHE

Vingti?me kilom?tre de course, 1h08'25. Vingt-deuxi?me kilom?tre, la Chine et la Suisse comptent chacune un repr?sentant parmi les sept hommes de t?te. La route monte, le kilom?tre est couru en 3'20. Viktor R?thlin d?croche gentiment, cinq m?tres, dix m?tres... C'est fini, il ne reviendra plus sur Toroitich Haron et Benjamin Kiprotich, deux K?nyans et leur ombre chinoise. Car le dernier Chinois r?siste. Ce qui ?nerve les K?nyans: ?Tu vois comme ils acc?l?rent! Ils ne peuvent pas accepter de finir avec le Chinois.? Au kilom?tre 27, l'Empire du Milieu s'avoue vaincu: une fois la course termin?e, une fois le souffle retrouv?, les K?nyans salueront les qualit?s de combattant du Chinois. Mais l'heure n'est pas au compliment: Toroitich et Benjamin foncent vers la ligne d'arriv?e imaginaire qui, pour eux, est fix?e au 35e km. Victor R?thlin s'arr?te au 30e km. Il a couru en 1h42'44, il a conc?d? un peu plus d'une minute au duo de t?te, il a tourn? en 3'25 au kilom?tre.

228 KM EN 7 JOURS

?1h42'44, c'est un bon temps, estime Viktor R?thlin, si l'on tient compte du fait que nous ne sommes pas partis vite et si l'on sait que ?a monte. Une fois, je l'ai couru dans l'autre sens et j'ai fait un temps canon. ? partir du 22e km, j'ai senti la fatigue d'une semaine d'entra?nement intensif: j'ai couru 228 km en sept jours.? Il marque une pause dans l'analyse d'apr?s-entra?nement: ?Maintenant, tu comprends pourquoi je viens me pr?parer avec les K?nyans: la course de Chi?tres, le 17 mars, ne pourra pas ?tre plus dure que cet entra?nement.? Il se tourne vers le coach: ?Claudio, quand tu annonces: ?500 m!?, c'est No?l, c'est mon anniversaire, c'est la lune de miel.?

FACE ? SES D?MONS

Sur la route, abandonn? au vent mauvais, Wilson continue jusqu'au 38e kilom?tre. Les semelles mart?lent le sol, la nuque est arqu?e: il y a du Zatopek dans ce K?nyan-l?. ?Allez, Wilson, allez! Ne rel?che pas ton effort!?, crie l'entra?neur qui voit le temps se ralentir. ?3'40 au kilom?tre, il ne va plus tr?s vite?, constate Claudio. Devant nous, sur les derniers kilom?tres de ce ?long run?, il ne reste plus que la lutte banale d'un homme contre la fatigue et cette vieille solitude du coureur de fond face ? ses d?mons. ?Regarde son visage, dit Viktor R?thlin. Bien s?r, les K?nyans sont dou?s, mais tous leurs secrets ne vaudraient rien sans leur volont?: ils s'entra?nent dur, et tous les jours.?

Wilson termine ses 38 km en 2h13'29. Toute l'?quipe se retrouve autour d'une caisse de sodas. Il est l'heure de refaire la course, de savourer la victoire qui p?tille sur la langue: la Chine est battue, mais elle intrigue. Demain, un K?nyan moquera l'?trange anatomie de ces visiteurs orientaux: ?Tu as vu les muscles des Chinois: ils ont les cuisses aux mollets, les mollets aux bras, et pour le reste, je ne sais pas, parce qu'ils avaient une culotte.? Les K?nyans rient, eux dont les jambes sont si fr?les: les chercheurs nous disent qu'ils portent 400 grammes de moins ? chaque jambe qu'un ?chantillon de Danois. Viktor R?thlin, lui, s'est trouv? un li?vre pour Zurich: Toroitich est d'accord de l'emmener. Le 1er avril, il ne restera plus qu'? le suivre. / JA

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