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Loïs Hainard, la passion d'abord, les embûches ensuite

La Fédération suisse d'escrime tire la langue financièrement. Excepté les quatre meilleurs du pays, les autres tireurs sont livrés à eux-mêmes pour disputer les épreuves majeures du calendrier. Loïs Hainard pointe juste derrière dans la hiérarchie mais ne veut pas se laisser abattre. La formule est connue: le sport de haut niveau demande des sacrifices, souvent consentis dès le plus jeune âge. Aucun athlète qui titille les sommets n'osera prétendre le contraire. Au-delà de certaines privations, il est encore plus frustrant de se retrouver sur la touche. Chaque athlète craint de se retrouver dans la tribune, en simple observateur.

22 mars 2007, 12:00

La situation de Loïs Hainard est bien plus compliquée. En effet, l'épéiste neuchâtelois se heurte à des soucis financiers qui l'empêchent de défendre valablement ses chances à l'échelon mondial. La faute à une fédération nationale en cruel manque de moyens. «Seuls les quatre premiers de la hiérarchie nationale ne connaissent pas ces problèmes» assure le Neuchâtelois. Et pourtant, le jeune homme (qui fêtera ses 26 ans le 1er août prochain) fait partie de l'équipe nationale depuis de longues années. «J'ai intégré celle des cadets à l'âge de 14-15 ans. Depuis, j'ai suivi toute la filière» indique celui qui fait donc partie des huit meilleurs épéistes du pays depuis un lustre.

Conséquence des plus fâcheuses, Loïs Hainard, avocat stagiaire dans le civil, n'a jamais réellement pu défendre ses chances en Coupe du monde, où il n'a pu participer qu'à une quinzaine d'épreuves (en Europe uniquement). «Si je veux en disputer une, je dois assumer l'intégralité des frais. Depuis mes débuts, mes parents ont dépensé une somme d'argent incroyable pour me permettre de disputer des tournois» assure notre homme. «C'est frustrant de s'entraîner tous les jours (réd.: deux fois à Berne, une fois à Lausanne plus deux séances de fitness par semaine) et de ne pas pouvoir défendre ses chances.» Toutefois, le Neuchâtelois a repris du poil de la bête après un coup de mou. «Je n'ai jamais fait de l'escrime-loisir. Je suis un compétiteur et je déteste la défaite» confirme-t-il. «Si je ne peux pas me lancer à fond dans ce que je fais, je ne vois pas l'intérêt. L'an dernier, j'ai eu marre de cette situation et j'ai levé le pied.»

Mais la motivation est revenue. «J'avais repris de manière intensive en vue des championnats de Suisse de décembre dernier» se souvient Loïs Hainard. Et le Neuchâtelois de devenir champion national avec son équipe bernoise.

Ce week-end, il se rendra à Heidenheim (All) pour y disputer une épreuve Coupe du monde avant d'aller tirer au Challenge Monal de Paris début mai. «Il ne faut pas se leurrer, il est impossible de vivre de l'escrime. C'est pour cette raison que j'ai toujours privilégié ma carrière professionnelle. Néanmoins, je me situe actuellement à un tournant» convient Loïs Hainard. «Je sais que je dois encore progresser techniquement, mais je me rends également compte que je ne me situe pas très loin des meilleurs. C'est cela qui me motive.»

Compétiteur à toute épreuve, l'épéiste neuchâtelois ne veut pas se laisser abattre. «Maintenant que je suis revenu à un bon niveau, j'aimerais pouvoir tout mettre en ?uvre pour acquérir l'expérience qui me fait défaut lors des grandes compétitions. Je me sens capable d'intégrer le tableau des 16 ou 32 meilleurs lors des tournois de Coupe du monde. Le mental compte pour 50% dans la performance d'un escrimeur. Actuellement, je peux me crisper juste en tirant contre un adversaire renommé, alors que je ne lui suis pas forcément inférieur.»

«Le cercle est vicieux, mais le jour où je réussirai à faire abstraction de tout cela, je pourrai envisager une participation à un grand événement. «Sans l'aide d'un sponsor privé, je peux faire une croix sur les Jeux olympiques» assure Loïs Hainard. «En revanche, quelques bons résultats en Coupe du monde pourraient m'ouvrir les portes d'un championnat d'Europe ou du monde. Si je devais arrêter l'escrime, je veux au moins avoir pris part à l'une de ces compétitions. Pour ne pas avoir de regrets.» Puisse le cercle vicieux se transformer en spirale victorieuse. EPE

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