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Les Mondiaux de Stuttgart vont poutzer le cyclisme

De deux à trois fois plus de contrôles antidopages, des cyclistes de légende déclarés «personae non grata»? Les épreuves de Stuttgart ne veulent pas de champions, mais des saints. L'Allemagne a aimé le vélo passionnément, de 1997 à 2007. 1997, date de la victoire de Jan Ullrich sur le Tour de France, la première victoire d'un Allemand. 2007, fin de l'illusion. Dix ans d'un amour fou, où les télévisions se sont battues pour les droits de retransmission, ARD ayant même passé un contrat d'exclusivité avec Ullrich. Et au mois de juillet 2007, ces mêmes chaînes ARD et ZDF ont décidé de renoncer à la couverture du Tour de France, après la révélation du cas Patrik Sinkewitz, qui portait les couleurs quasi-nationales de T-Mobile. Et le plus surprenant, c'est que selon un sondage lancé par le magazine «Tour», 42% des lecteurs donnent raison aux télévisions: oui, ce fut une bonne chose de laisser là le Tour de France, de laisser outre-Rhin ces affaires Rasmussen, Vinokourov, Kashechkin (la liste n'est pas exhaustive).

27 sept. 2007, 12:00

On ne partage pas impunément, durant quarante ans, une frontière avec le communisme sans incliner vers la déstalinisation: après avoir adulé, après avoir cultivé la personnalité de Jan Ullrich, les Allemands l'ont fait tomber de son piédestal. Le «fils de Rudy (Pevenage)», ainsi qu'il était nommé dans le langage codé du bon docteur Eufemanio Fuentes, entraîne dans sa chute les figures vénérable d'Udo Bölts, d'Erik Zabel, de Christian Henn et de Rolf Aldag. Tous ces grognards, vétérans des campagnes ardennaises, italiennes, françaises, espagnoles, sont passés aux aveux: oui, ils se sont dopés, oui, Telekom avait un programme organisé de dopage, oui, le vieux masseur Jeff d'Hondt a raison, lorsqu'il raconte ses emplettes d'EPO, ses détours par l'université de Fribourg, ses réserves pour le Tour de France.

«En Allemagne, le sport cycliste a perdu de 80 à 90% de sa valeur», affirme Hartmut Zastrow, un expert en marketing, à la «Stuttgarter Zeitung». Ce krach de la valeur cycliste est parfaitement daté: il remonte au 30 juin 2006, lorsque Jan Ullrich - encore lui! - fut interdit de participation au Tour de France, pour avoir trempé dans l'affaire Puerto. Aujourd'hui, 68% des spécialistes en marketing allemands considèrent que le cyclisme s'inscrit dans une spirale négative. Gerolsteiner se retirera à la fin de l'année 2008 et d'autres sponsors l'imitent (Wiesenhof, Henninger), ou se tâtent (Edeka). Seul, fidèle à ce navire qui prend l'eau, le capitaine Deutsche Telekom continuera de verser ses 10 millions d'euros annuels jusqu'en 2010.

C'est dans ce climat de défiance que Stuttgart accueille les championnats du monde de cyclisme. Les rodomontades de Stefan Schumacher, vainqueur de l'Amstel Gold Race ce printemps, ne sauraient faire diversion: «Je veux devenir champion du monde», clame le coureur de la Gerolsteiner. Mais le public ne veut pas d'un champion, il veut un saint. Les organisateurs n'ont pas annoncé un programme antidopage, ils ont lancé une croisade. L'Union cycliste internationale (UCI) a multiplié les contrôles: nous sommes passés de 80 à 200 contrôles avant les compétitions de Stuttgart; de 60 à 130 durant les compétitions; les participants doivent signer la charte de l'UCI pour un sport propre?

Voilà pour la lutte antidopage, la chasse aux sorcières, c'est autre chose: la ville de Stuttgart, qui abrite ces championnats du monde, a dressé une liste de personae non grata. Elle refuse une invitation aux anciens cyclistes, entachés de dopage,, comme Rudi Altig, champion du monde en 1966 et Gianni Bugno (1991-1992). Elle vient d'élargir sa liste: Eddy Merckx, le plus grand champion de l'histoire est prié d'éviter Stuttgart et sa zone VIP. Eddy Merckx, trois titres de champion du monde, paria en son royaume. «Let's putz the Radsport! (Nettoyons le sport cycliste)», a crié Susanne Eisenmann, responsable des sports de la ville de Stuttgart.

Dans le cyclisme actuel, les concierges ont pris trop de pouvoir. / JAM

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