Un monument en péril

Francesco Totti vit un début de saison difficile. Même si le capitaine emblématique de l'équipe romaine n'a pas encore marqué, les sifflets essuyés par Alex Frei en Suisse ne le menacent pas. Ce soir (20h45) il va essayer de marquer son premier but de la saison face à Bâle, en Ligue des champions.

19 oct. 2010, 09:04

L'opération cure de jouvence commence à Rome. Elle s'applique à Francesco Tottti dont les 34 ans vivent un début de saison difficile. Le capitaine emblématique de l'AS Roma attend un but en compétition officielle depuis le 9 mai. Il nourrit un grand espoir de mettre fin à la disette contre Bâle ce soir à l'Olimpico, lors du troisième match de poule de la Ligue des champions. Totti avait marqué lors des deux précédentes confrontations en 2005 et en 2009. Une nouvelle dose devient urgente pour solidifier la base d'un monument qui dispute sa dix-huitième saison en première équipe et que des performances médiocres mettent en péril. La cause ne mobilise pas l'Unesco. Entraîneur des Romains, Claudio Ranieri pratique la première injection lors de la conférence de presse. «J'ai vu un Totti stratosphérique contre Genoa», lâche-t-il. Andreas Schmid, journaliste bâlois présent lors de la rencontre face aux Génois gagnée 2-1 samedi, pouffe.

Le soutien du technicien à son joueur rappelle celui d'Ottmar Hitzfeld à Alex Frei. La comparaison se termine là. Les sifflets du public ne menacent pas Totti, ni les critiques de la presse. Le meilleur buteur de l'histoire du club romain, 245 réussites au total dont 192 en championnat, bénéficie d'un crédit illimité. «E tornato il capitano», s'exclame un vendeur de la place de la République qui se dirige vers un groupe de badauds, la «Gazzetta dello Sport» à la main. La phrase lance le débat. Les contestations n'ont pas droit de cité. «Totti ne se discute pas», le confirme Claudio. «Il symbolise la Roma à lui tout seul. Il a porté l'équipe sur ses épaules depuis des années, sa présence change la qualité du groupe.» Une quatorzième place en championnat, alors que la Lazio, le rival honni, occupe la tête, avait mis en discussion le rendement du capitaine. «La vitesse n'a jamais été son point fort. C'est vrai qu'il a tendance à prendre du poids là» enchaîne Claudio en montrant ses hanches et ses fesses. «C'est une prédisposition naturelle, mais là, personne ne possède une telle qualité dans le monde.» Tout en parlant, il lève successivement ses deux pieds et en frappe l'intérieur avec la paume de la main.

Journaliste au «Corriere dello Sport», le quotidien sportif national édité à Rome, Piero Torri rattache les racines de cette passion indéfectible aux origines romaines de Totti, enfant de Testaccio l'un des quartiers populaires de la ville. «Il a réalisé le rêve de milliers de gamins de Rome qui veulent devenir footballeur professionnel. Quand il entre sur le terrain, il n'est jamais seul. Ce sont les mécaniciens, les plombiers ou les étudiants qui jouent par procuration. L'identification est très forte. Sa fidélité au club entretient sa popularité, cette qualité est essentielle pour les Romains.» Totti n'a jamais renié ses racines. Elles s'expriment intensément lors de chaque derby de la capitale contre la Lazio. Le capitaine de la Roma n'hésite pas à afficher un maillot sur lequel figure «je vous ai purgés encore une fois» ou à baisser les pouces en signe de mise à mort comme au temps des gladiateurs après des victoires contre les cousins. Des gestes qui alimentent une légende vivante. Trois éternités se partagent Rome, la ville, Dieu et Totti. /SFO