Devolder avait la frite, Cancellera ne l'avait plus

Non, Fabian Cancellara n'a pas imité Eddy Merckx, seul coureur à avoir enchaîné les victoires sur Milan - San Remo et le Tour des Flandres la même année. Le champion belge Stijn Devolder a remporté le Ronde au terme d'une course folle. Grégory Rast (13e) a terminé meilleur Suisse. Fabian Cancellara roule «pour laisser une trace dans l'histoire du cyclisme». Le Bernois devra attendre pour inscrire son nom au palmarès de la plus folle des classiques: le Tour des Flandres. Pour remporter le Ronde, le Suisse se doit d'être dans un très grand jour. Ce ne fut pas le cas hier. Il n'avait pas la frite, Stijn Devolder, le champion de Belgique, en avait à revendre. Le marquage exercé sur le grand favori du jour a aussi profité au nouveau roi des Flandres, parti à 25 km de l'arrivée.

07 avr. 2008, 12:00

«Je n'avais pas les mêmes jambes ni le même punch qu'à Milan - San Remo», reconnaissait Fabian Cancellara à Meerbeke, dans la banlieue de Ninove. «J'ai aussi été très contrôlé. Je ne pouvais pas bouger. Tout le monde me surveillait. Il nous a aussi manqué un peu de chance dans l'équipe. Plusieurs coéquipiers ont chuté ou crevé. Moi, j'ai dû changer de gants après le Koppenberg, tellement j'avais froid.»

L'énergie perdue dans sa mini-poursuite, Fabian Cancellara ne l'a pas retrouvée pour revenir sur Devolder dans les derniers kilomètres. Sa tentative de contre a échoué à six kilomètres du but. Les autres favoris ne l'ont pas lâché d'un boyau. Juan Antonio Flecha, le plus flamand des coureurs ibériques, a aussi tenté le coup. En vain. Devolder, porté par la foule, a résisté jusqu'au bout. «Il était lui le plus fort», relève Fabian Cancellara. «Cette épreuve est un peu une loterie, Devolder a gagné aujourd'hui. Il l'a mérité car il a beaucoup attaqué.» Beaucoup, c'est peu dire. «C'est mon style», assume le grand vainqueur du jour. «J'avais de très bonnes sensations et les circonstances de course m'ont favorisé. J'ai d'abord démarré pour placer mon leader Boonen dans un fauteuil. Ensuite, personne n'a réagi et j'ai tenté ma chance à fond. C'était très dur, mais je suis parvenu à résister au retour de Flecha.»

A 28 ans, l'actuel champion de Belgique nage évidemment en plein conte de fées. «C'est un rêve de gosse qui se réalise», avoue le natif de Courtrai qui trahi un penchant pour les frites sauce mayonnaise - ça ne s'invente pas...

Trêve de poncif facile, cet ex-membre de Discovery, vainqueur du Tour d'Autriche et troisième du Tour de Suisse en 2007, possède beaucoup de cordes à son arc. «J'ai franchi une étape de plus dans ma progression», livre-t-il. On entendra reparler de ce Belge qui excelle aussi dans les chronos. Il a ainsi porté le maillot oro à la Vuelta en 2007 au terme d'un contre-la-montre.

Bref, Fabian Cancellara n'a pas été battu par n'importe qui. Le Bernois peut maintenant se concentrer sur son prochain grand objectif, Paris-Roubaix (dimanche). «Je vais récupérer et j'irai reconnaître le parcours dès jeudi», confie-t-il un peu abattu. «Le Tour des Flandres était mon grand objectif cette saison. Mais je ne suis pas une machine. Je ne peux pas toujours gagner.» Il ne vaut peut-être mieux pas...

Le tout est de savoir si Fabian Cancellara pourra s'imposer un jour à Meerbeke. «Je vais analyser tout ça et je reviendrai l'année prochaine pour gagner.» Il en faudrait beaucoup pour que le Bernois dompte le Ronde. Mais on ne sait jamais... / JCE