01.08.2019, 20:48

Neuchâtel: deux expositions pour découvrir le «nouveau fauve» Martin Disler

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Le succès de Martin Disler sur la scène internationale a été fulgurant.

Culture Le Centre Dürrenmatt et l’Espace Schilling ouvrent leurs espaces respectifs pour célébrer Martin Disler à l’occasion du 70e anniversaire de sa naissance.

Disparu prématurément au faîte de sa gloire en 1996, huit ans après avoir posé ses valises dans la région neuchâteloise, le prolifique plasticien Martin Disler (1949-1996) et ses travaux énergiques se laissent (re)découvrir avec un plaisir mêlé de curiosité, à travers deux expositions simultanées au Centre Dürrenmatt Neuchâtel (CDN) et à l’Espace Nicolas Schilling.

«Notre souhait est de mettre en valeur l’œuvre inestimable de Martin Disler, un artiste peu connu du public romand.» Même si nombre de musées abritent les œuvres très expressives de l’artiste, on doit reconnaître avec Madeleine Betschart, directrice du CDN, que son nom est quelque peu tombé à la marge, surtout ici.

Un «nouveau fauve»…

Pourtant, son succès sur la scène internationale fut fulgurant. A 21 ans déjà, le résident de la dissidente Rote Fabrik à Zurich est seul sur les cimaises de la Kunsthalle de Bâle, avant d’enchaîner avec la documenta de Kassel et de prestigieuses biennales à travers le monde.

Cette carrière, il la bâtit autour de thématiques comme «la violence, l’amour, l’angoisse, la mort, la rédemption, avec des atours mythologiques et mystiques» qui le rattachent à un courant essentiellement germanique, les «Nouveaux Fauves».

Angela Schilling, directrice de l’Espace Nicolas Schilling, abonde: «Les nouveaux fauves connaissent une résonance mondiale en réaction au conceptualisme des années 1970» et trouvent leur public quand on pensait la peinture instinctive et introspective disparue du champ de l’art.

Un plasticien et un écrivain

Même si on comprend aisément pourquoi il se retrouve chez Schilling, «qui possède 8 de [ses] oeuvres», le lien avec Dürrenmatt est plus difficile à établir. Pour y répondre, il faut alors se pencher sur le second univers de Disler, qui nourrissait une passion tout aussi forte pour l’écriture, et même pour Dürrenmatt, en témoigne une lettre adressée à son ami et galeriste René Steiner.

Il publiera par ailleurs un livre, «Bilder vom Maler», en 1981, qui explore sa pratique picturale. Madeleine Betschart explique: «Tous deux ont été élevés dans un environnement religieux qui se retrouvera dans leur œuvre respective, tous deux sont peintres et écrivains. Ils sont autodidactes, l’un avec un style politique, l’autre introspectif.»

Gravures et grands formats

Construite autour d’un large prêt du Centre scolaire des Deux Thielles au Landeron, pour lequel Disler et 22 artistes invités ont constitué une collection à l’attention des élèves en 1990, cette double exposition explore l’univers «d’un artiste doué pour plusieurs techniques».

Ainsi, l’essentiel des gravures se retrouvent au CDN, et ce n’est pas un hasard. «Les gravures se font avec la tête, en réfléchissant à l’effet final, un immense challenge pour Disler. Elles sont comme des textes, elles racontent des histoires. Ce sont même des poèmes, comme cet ensemble de linogravures».

A Schilling, ce sont ses grands formats et les larges brosses de couleurs qui s’épanouissent dans une présentation muséale qui doit beaucoup aux prêts de René Steiner et du Musée d’art et d’histoire de Neuchâtel.

Entre gouache, craie grasse, pastels, acryls et fusains, les travaux de Disler se dévoilent alors avec force par cette double exposition qui donne à voir une expressivité hédoniste des plus réjouissantes: les corps et les objets s’entremêlent, la figuration se dilue dans une abstraction sans codes afin de révéler tout ce qu’il y a d’humain en nous et dans l’esprit de l’artiste. A voir absolument.

Camille Jean Pellaux

Infos pratiques

«Rituels oubliés», Centre Dürrenmatt Neuchâtel, du 1er août au 20 octobre. Ouvert du mercredi au dimanche de 11h à 17h.
«Museum of Desire», Espace Nicolas Schilling, du 1er août au 15 septembre. Ouvert du jeudi au samedi de 14h à 18h.
 

Temps fort
Parmi les nombreuses manifestations qui jalonneront cette double exposition, retenons surtout la journée du samedi 14 septembre, avec la visite guidée au CDN en compagnie de René Steiner et de son fils Ilja Steiner, filleul de Disler, pour lequel il a créé une toile exposée dans l'espace (à 16h), et à Schilling, la présentation ludique des œuvres créées par les élèves de l'école du Landeron autour de son legs. Enfin, une publication, unique en français, du travail de Disler, sera mise à l'honneur durant cette exposition.


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