26.02.2020, 12:11

Les odyssées de la chorégraphe neuchâteloise Joëlle Bouvier

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"Odisseia" par la Sao Paulo Dance Company à découvrir au théâtre du Passage le 10 mars.

Danse A travers quatre rendez-vous, l’Association Danse Neuchâtel (ADN) et le théâtre du Passage célèbrent la chorégraphe Joëlle Bouvier, du 28 février au 11 mars. Avec, en bonus, la Sao Paulo Dance Company dans la création de la Neuchâteloise, «Odisseia».

Il ne «roille» plus sur Paris et elle ne «s’encouble» plus sur les helvétismes qui faisaient rire les copains à son arrivée dans la Ville Lumière, à l’âge de 17 ans. Joëlle Bouvier a perdu son accent neuchâtelois depuis longtemps. Mais elle se surprend à dire encore «70», «90». Et même si elle se sent chez elle «un peu partout», même si elle est «du pays du corps et des arts», à chaque retour au bercail, «quand le train arrive du Val-de-Travers, j’ai toujours la même émotion à la vue du lac. Neuchâtel, c’est ma terre».

Cette terre l’accueille à bras ouverts du 28 février au 11 mars à travers une conférence sur son travail par Florence Poudru le 28 février à l’Université de Neuchâtel; la présentation de sa pièce, «Odisseia» par la Sao Paulo Dance Company le 10 mars au théâtre du Passage; un atelier le 8 mars à Beau-Site à La Chaux-de-Fonds et une discussion dans un «Passage de midi» le 11.

«Odisseia», une épopée universelle

Depuis 40 ans, la Neuchâteloise casse les codes, bouscule les conventions, sans renoncer à raconter des histoires. C’est un de ses grands talents, rester elle-même, authentique. Et «Oui, bien sûr, vous pouvez dévoiler mon âge!», rigole la danseuse de 61 ans, mère de deux enfants adultes. Regard azur, physique de sylphide, Joëlle Bouvier a renoncé à la scène mais pas à la création: «Je me sens riche, pas du tout en fin de parcours, un parcours juste qui me laisse apaisée aujourd’hui, comblée.»

Le sujet de la migration est bien trop vaste, bien trop lourd, pour que je donne mon avis dans un spectacle si court.
Joëlle Bouvier, chorégraphe

Sa signature réside dans la puissance poétique de ses créations. Son «Odisseia», créée pour 14 danseurs et danseuses, raconte l’exil comme une épopée des temps modernes, du voyage d’Ulysse au drame des migrants d’aujourd’hui. Une épopée universelle qui tangue, oscille, balance en haute mer, dans le sac et ressac d’extraits de la Passion selon Saint Matthieu et des «Bachianas Brasileiras» du compositeur brésilien Villa-Lobos.

«Pas ‘bacchanales’ mais ‘Bachianas’ », précise la chorégraphe dans un sourire. «Ça vient de Bach, dont Villa-Lobos était un grand admirateur. Il a réussi à faire entrer l’âme de la musique traditionnelle de son pays dans le répertoire classique.»

Heureuse qui comme Joëlle…

Le discours de la chorégraphe ne se veut pas militant: «Le sujet de la migration est bien trop vaste, bien trop lourd, pour que je donne mon avis dans un spectacle si court», ajoute-t-elle. «Je parle du départ, de l’émotion de quitter un coin de pays pour l’inconnu et de l’espoir d’une vie meilleure.» 

Cette odyssée, c’est aussi celle de la Neuchâteloise partie «au bout du monde» en 2018 travailler avec la compagnie brésilienne. «J’ai rencontré des danseurs virtuoses exceptionnels. Nous ne parlions pas la même langue, mais nous avions le langage universel du corps et nous nous sommes très vite compris. C’était un beau voyage.» Heureuse qui comme Joëlle…

Trois spectacles en un
Fondée en 2008, la Sao Paulo Dance Company a réussi à s’imposer en moins de 20 ans sur la scène internationale. Riche d’un solide répertoire classique métissé de création contemporaine, la troupe brésilienne travaille exclusivement avec des chorégraphes invités.

Au théâtre du Passage, les 14 danseurs et danseuses dirigés par Inês Bogéa, présenteront les pièces de trois créateurs: «Agora», un hommage aux danses sociales très sensuelles du Brésil; «Mamihlapinatapai», une évocation de l’attente amoureuse et «Odisseia». Trois facettes de la création actuelle.

Infos pratiques

Conférence de Florence Poudru: Université de Neuchâtel, aula du 1er Mars, ve 28 février de 14h15 à 16h. Réservation conseillée: info@danse-neuchatel.ch, tél. 079 643 95 32.
Spectacle de la Sao Paulo Dance Company: théâtre du Passage, Neuchâtel, ma 10 mars à 20h, spectacle de la Sao Paulo Dance Company. www.theatredupassage.ch
Atelier: TPR-Beau-Site, La Chaux-de-Fonds, di 8 mars de 14h à 16h, entrée libre, sur inscription: info@danse-neuchatel.ch, tél. 079 643 95 32.
«Passage de midi»: théâtre du Passage, Neuchâtel, me 11 mars de 12h15 à 13h, avec Joëlle Bouvier, www.theatredupassage.ch
Un projet réalisé dans le cadre de l’ADN/Hiver de danses avec de nombreux partenaires du canton. Infos sur: https://www.danse-neuchatel.ch/

«Un art qui parle à tous»

Joëlle Bouvier à l’époque des premiers entrechats à Neuchâtel. Photo: SP

Un hommage? «Non, plutôt des rencontres approfondies», estime la Neuchâteloise à propos des quatre événements qui lui sont consacrés. Pour Joëlle Bouvier, la danse est un échange. «Notre métier ne s’arrête pas aux spectacles, j’aime aller à la rencontre des gens pour leur donner le goût du théâtre. La danse contemporaine peut faire peur, il y a encore beaucoup de préjugés. Pourtant c’est un art très riche, qui peut être très amusant, qui parle à tous.»

C’est dans cet esprit rassembleur qu’elle animera une «rencontre atelier» tout public le 8 mars à Beau-Site. Un temps privilégié pour «prendre conscience de son corps et explorer son imaginaire». C’est aussi dans cet esprit qu’elle partagera un «Passage de midi», le 11 mars. Elle racontera son parcours, de ses premiers entrechats à Neuchâtel (photo ci-dessus) à son travail de chorégraphe actuel, sans occulter les moments difficiles. Son odyssée, tout simplement.

De Carolyn Carlson à Joëlle Bouvier

«Welcome to Paradise», un des duos d’anthologie du couple Bouvier – Obadia. Photo: SP

La France l’a adoptée. Paris l’a encensée. Les médias la fêtent depuis 40 ans. Joëlle Bouvier, c’est une signature dans l’univers de la création actuelle. Avec son ancien compagnon, Régis Obadia (photo ci-dessus), la Neuchâteloise a formé un duo d’exception, emblématique de ce qu’on a appelé la Nouvelle danse française, mouvement né dans les sillages de Carolyn Carlson, Dominique Bagouet, Daniel Larrieu, Maguy Marin et Maurice Béjart.

Historienne de la danse, auteure de plusieurs ouvrages sur les grands danseurs du 20e siècle, Florence Poudru évoquera le parcours de Joëlle Bouvier dans le contexte de la création contemporaine lors d’une conférence, le 28 février à l’Université de Neuchâtel.

La danse au programme de tous les écoliers?

Joëlle Bouvier aujourd’hui. Et toujours la même passion pour la danse. Photo: SP

Sollicitée par le cinéma et la publicité, la chorégraphe aime jeter des ponts, désenclaver. Pour la fashion week de Paris, elle s’est affichée avec ses danseurs dans les vitrines du grand magasin Le Printemps sur le boulevard Haussmann. «Le public a adoré découvrir ces artistes qui dansaient habillés par de grands couturiers, c’était très joyeux, séduisant et amusant.»

Directrice pendant 17 ans de deux centres chorégraphiques nationaux (Le Havre et Angers), Joëlle Bouvier (photo ci-dessus) s’est investie dans de nombreux projets de médiation, en particulier auprès de collèges et lycées des quartiers difficiles.

«Le fait de s’exprimer avec son corps dans l’espace et le silence a libéré quelque chose chez ces adolescents en révolte, il y avait beaucoup moins de violence, d’incivilités. La danse, le chant et le théâtre devraient être enseignés d’office à l’école.»


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