20.05.2007, 12:00

Cet «avocat de la terreur» qui était l'ami d'un nazi suisse

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 20.05.2007, 12:00 Cet «avocat de la terreur» qui était l'ami d'un nazi suisse

Par cannes: christian georges

Communiste, anticolonialiste, d'extrême droite? Quelle conviction guide Jacques Vergès? Dans «L'avocat de la terreur», le cinéaste Barbet Schr?der suit les méandres empruntés par celui qui a défendu Klaus Barbie. «Un jour, quelqu'un m'a demandé si j'aurais pu défendre Hitler. Pourquoi pas? Je défendrais même Bush, s'il plaidait coupable?» Jacques Vergès fanfaronne. Il jubile d'être la star dans «L'avocat de la terreur», présenté hier à Cannes (hors compétition). Il y jongle avec les masques: Bouddha souriant, métis humilié, anticolonialiste sentimental, jouisseur à cigare? Captivant, le documentaire de Barbet Schr?der met à jour les connexions helvétiques du personnage.

Au fer rouge: Jacques Vergès se dit marqué par ses origines (fils d'une Vietnamienne et d'un père réunionnais). Né en Thaïlande en 1924 ou 1925, très tôt orphelin de sa mère, il a vécu le temps où les gens de couleur devaient s'écarter pour laisser passer le Blanc. Jeune avocat dans l'Algérie française, il se fait appeler «le Chinois» au tribunal. Il ravale sa riposte: «Monsieur le président, ai-je le droit de rappeler à ces gens que pendant que leurs ancêtres bouffaient des glands dans les forêts, les miens construisaient des palais?»

Une militante de l'indépendance est condamnée à mort après avoir posé une bombe. Vergès la défend. Il épouse sa cause, puis l'épouse tout court. Après l'indépendance de l'Algérie, il y a d'autres peuples à émanciper. Vergès vole au secours des fedayin palestiniens. Le Suisse François Genoud l'encourage. Genoud est un nazi qui a rencontré Hitler et fait fortune en récupérant les droits d'auteur du Führer et de G?bbels. Plus tard, c'est par son intermédiaire que l'avocat assurera la défense du «boucher de Lyon», le nazi Klaus Barbie.

De 1970 à 1978, Jacques Vergès prend de «grandes vacances». Où? «J'étais sollicité par quelque chose qui me paraissait important», répond le sphinx. Des nombreuses hypothèses, le film en privilégie une: Jacques Vergès aurait été le confident numéro un du chef des Khmers rouges, Pol Pot. Pire, son double, l'éminence grise. Les deux hommes se sont connus dans les années 1950 à Paris, dans l'association des étudiants de pays colonisés. Mais le génocide au Cambodge, alors? «Involontaire», coupe Vergès en ouverture du film, mais sans se dévoiler. «On a tout mis sur le dos des Khmers rouges en oubliant la famine consécutive aux bombardements américains».

A son retour, en 1978, peut-être endetté, l'avocat défend des terroristes de tout poil: Klaus Croissant, Bruno Bréguet (né à Genève), Magdalena Kopp, la protégée de Carlos.

Evoquée en 2h15, une vie aussi romanesque donne le vertige. Comme en rencontrant autrefois le dictateur Amin Dada, Barbet Schr?der est resté en retrait. Il laisse parler le personnage et des témoins. «Il n'y a pas des voix off qui vous expliquent, mais des images qui suggèrent, et le spectateur doit faire aussi une partie du travail», dit le cinéaste.

A ses yeux, l'Algérie a permis à Jacques Vergès de se révéler, de vivre la plus belle histoire d'amour qui soit. «Il aura toute sa vie le désir de retrouver ces moments-là où quelque chose qui y ressemble». Mais revivre une histoire n'a plus du tout la même qualité la deuxième fois. «C'est à la fois pathétique et douloureux. On découvre que le Terrorisme lui-même a suivi une évolution similaire à celle du personnage principal». / CHG


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