Sur le chantier de la plus haute tour de Suisse

En moins de neuf mois, les ouvriers de la Prime Tower, futur plus haut bâtiment de Suisse, ont posé 21 étages, sur les 36 que comptera le bâtiment. Près de la moitié des surfaces ont déjà trouvé des locataires.
23 janv. 2010, 08:52

Un petit air de Potsdamer Platz, à Berlin, à la fin des années 1990: à l'ouest de Zurich, près de la gare Hardbrücke, l'ancien site de la fabrique de roues dentées Maag est couvert de chantiers. C'est là qu'est en train de grimper ce qui sera le plus haut bâtiment de Suisse, la Prime Tower, que l'on reconnaît de loin avec sa couronne jaune, en haut de la construction. Or la couronne monte très vite: un étage par semaine.

Les visiteurs - seule la presse est autorisée - sont emmenés jusqu'à l'actuel terminus du monte-charge à matériaux, au 19e étage. L'ascenseur du personnel est plus petit, et plus «nerveux»… «Il peut bouger un peu, tout le monde n'aime pas», explique l'ingénieur Alain Capt, directeur de l'ensemble du projet, un Romand de Suisse alémanique, ou un Alémanique en Suisse romande, comme il dit, à l'aise en français comme en allemand.

Actuellement, 220 personnes travaillent sur le chantier, sans compter 40 architectes, ingénieurs et planificateurs et 20 membres de la direction des travaux. En été, les effectifs monteront à 350 ouvriers. C'est un consortium formé de Losinger Construction SA, responsable, et de l'entreprise Karl Steiner AG, qui a obtenu l'adjudication.

Au 19e, le chef contremaître demande au groupe de s'éloigner. La paroi pare-vent de protection est prête à s'élever, selon un système dit «autogrimpant». «Tout le monde est très fier de travailler ici, note-t-il avec un grand sourire. Mais nous sommes 80 et devons injecter de l'antigel. A Dubai, pour la tour Burj de 828 mètres, ils étaient 2080 et n'avaient pas besoin d'antigel…».

Il faut continuer à pied. Au 21e étage, 75 mètres au-dessus du sol et sommet de la construction à mi-janvier, le visiteur est saisi par l'étendue de la vue, mais aussi par l'étonnante sensation de se retrouver si près d'une cabine de grue!

Retour au 19e et début de la descente - à pied. Au 15e, une ligne de vie court le long de la façade, d'une colonne à l'autre, au-dessus du vide. Les poseurs de façade y accrochent leur harnais. Ce sont des Polonais de Gdansk, de jeunes hommes au look de grimpeurs, qui installent les panneaux de 400 kilos chacun. Spécialistes du genre, ils sont sur tous les chantiers d'importance en Europe. «La façade entièrement vitrée qui constitue l'enveloppe du bâtiment répond aux exigences thermiques actuelles et pourrait obtenir le label Minergie», précise Alain Capt.

Un tiers des 4400 vitrages pourront s'ouvrir, ce qui permettra une ventilation naturelle et créera aussi des nuances différentes de vert pour l'observateur extérieur. Avec ses divers angles sur le plan horizontal et ses décrochages sur le plan vertical, la Prime Tower produira quantité de vues latérales et de rythmes visuels différents - assurément une des raisons du succès du projet des architectes Annette Gigon et Mike Guyer.

La tour doit être prête en avril 2011. «Sans incident majeur, nous y arriverons…», assure Alain Capt, l'ingénieur dont les enjambées et la vitesse de dévalement des étages sont aussi impressionnantes que la tour qu'il construit... /AGI-La Liberté

«Nous utilisons la hauteur maximale possible»

Dans le quartier de Zurich-West, ancienne zone industrielle en pleine expansion, les «gratte-ciel» sont autorisés jusqu'à 80 mètres, avec des exceptions possibles. Avec ses futurs 126 mètres, la Prime Tower des architectes Gigon /Guyer en est une. Bâle ne connaît pas les mêmes limites: Roche veut y construire un bâtiment de 175 mètres. «Il a été clair dès le début que nous exploiterions la hauteur maximale autorisée, même si le record n'était pas un but en soi», explique Peter Lehmann, responsable des investissements de Swiss Prime Site AG (SPS), première société de placement immobilier spécialisée de Suisse, commanditaire de la tour. Avoir le plus haut bâtiment a davantage d'impact médiatique, bien sûr, mais la spécificité de la Prime Tower n'est pas sa hauteur, c'est sa forme.» Dans une interview au «Tages-Anzeiger», l'architecte Mike Guyer défendait la légitimité des tours: «Pour avoir davantage d'espaces libres, nous avons besoin de bâti plus dense. Mais construire en hauteur n'est pas indiqué partout. Une tour doit enrichir la silhouette d'une ville et donner de nouvelles impulsions au quartier où elle se trouve.»

Le projet total, devisé à 355 millions de francs, compte encore trois bâtiments supplémentaires (dont l'un appartient à un autre investisseur), avec bureaux, ateliers, galerie d'art renommée et restaurants. Environ 54% des surfaces prévues sont louées, ce qui «nous satisfait», dit Peter Lehmann. Dans la Prime Tower (entre 1600 et 2000 places de travail), un bureau d'avocats louera huit étages, une banque américaine quatre. SPS ne fournit pas de chiffres sur les rendements prévus. /agi