Nicolas de Flüe, le Père de la patrie

Pour de nombreux pèlerins, le saint ermite du Ranft (Obwald) reste depuis plus de 500 ans le protecteur de la Confédération helvétique.

20 juil. 2009, 10:08

Le lieu le plus sacré de l'âme collective suisse se découvre dans un petit vallon sauvage et encaissé d'Obwald qui contient les fureurs de la rivière Melchaa. Comme par hasard cette commune est aussi le centre géographique de la Suisse. A un jet de pierre du ruisseau, s'élève la petite chapelle enserrant la cabane de bois de «Bruder Klaus». Nous sommes au Ranft, au-dessus de Sachseln et du lac de Sarnen, dans l'ermitage où vécut Nicolas de Flüe. Père et conscience de la patrie helvétique, il empêcha en 1481 quatre cantons villes et quatre cantons campagnards de se faire la guerre. Il sauva en effet par son message de paix le Convenant de Stans qui a donné le ton des rapports confédéraux jusqu'en 1798. C'est également en cette retraite isolée du Ranft que le saint ermite ferma les yeux pour toujours en 1487.

Il fut sans doute le dernier anachorète capable de rivaliser avec les antiques Pères du désert dans cet Occident qui quittait le Moyen Age. Il les surpassa même en ascétisme. En effet, non seulement il laissa derrière lui sa famille humaine pour vivre en ermite, eut des visions, exprima sous forme d'apophtegmes (paroles courtes et mémorables) la Vérité sur Dieu, lutta contre le démon, attira les foules qui cherchaient le conseil et la guérison, mais il jeûna en sus, nous disent ses contemporains, durant vingt ans dès l'âge de 50 ans, sans prendre de nourriture ni de boisson et se nourrissant de l'Eucharistie. Il réussissait toujours deux choses: consoler et ramener la paix.

«Bruder Klaus» est le saint œcuménique par excellence. Il suffit en effet de parcourir la littérature catholique et protestante pour se rendre compte que l'ensemble des confessions chrétiennes de ce pays ont reconnu chez lui le frère modèle en vie évangélique qui protège la patrie. L'aumônier du Flüeli-Ranft nous a confié que non seulement les catholiques, mais aussi nombre de protestants venaient aujourd'hui se recueillir sur les lieux où vécut frère Nicolas.

Aujourd'hui, plusieurs centaines de milliers de pèlerins suivent chaque année les étapes de la vie terrestre de Nicolas de Flüe qui fut canonisé en 1947 par le pape Pie XII. Dans l'église paroissiale de Sachseln se trouve, exposé sous le maître-autel et dans un gisant d'argent, le corps du saint protecteur de la Confédération. On peut y recevoir chaque jour la bénédiction donnée par le prêtre avec les reliques du saint ermite. Sur la droite du chœur, le pèlerin peut voir aujourd'hui encore derrière une vitre la bure de Nicolas de Flüe qui fut confectionnée par son épouse Dorothée avec la laine de leurs moutons. Car frère Nicolas, après vingt ans de vie commune avec son épouse, lui dit adieu ainsi qu'à ses dix enfants pour aller vivre sa vie de solitude à dix minutes de la maison familiale du Flüeli. Il était parti pour aller plus loin, mais le Seigneur l'arrêta en chemin et le fit revenir au Ranft. Il partit avec l'accord de son épouse et alors que sa famille était à l'abri du besoin. Sinon on ne pourrait pas en faire un modèle de sainteté…

Toujours est-il que saint Nicolas de Flüe fut un paysan aisé, un conseiller municipal, un juge et un officier de réserve avant de ne plus faire qu'un avec Dieu. Il suivit ainsi son être profond. Dès son enfance, il avait en effet des visions mystiques. Des révélations symboliques de la Trinité et de la Face divine qu'il décrivit par des cercles concentriques et des rayons suggérant la complexité des relations entre Dieu et l'Homme. Une grande fresque d'époque dépeint à l'église de Sachseln ces visions mystérieuses et initiatiques de frère Nicolas.

Au village de Flüeli, on peut visiter aujourd'hui encore la maison natale de Nicolas de Flüe et celle qu'il construisit pour sa famille. En sept minutes à pied, on descend ensuite vertigineusement jusqu'à son ermitage du Ranft, qui a été conservé. Là, le natel ne répond plus et ne reçoit plus. Pour qui sait s'imprégner des lieux, les ondes viennent d'ailleurs… /VPE