Mémoire virtuelle en péril

29 mars 2008, 12:00

Qui n'a jamais cauchemardé à l'idée de perdre le contenu de plusieurs heures de travail? Le disque dur qui vous lâche, alors que vous êtes sur le point de mettre un terme à vos 150 pages de travail de mémoire. Du vécu. Tout comme la cinquantaine de pages manuscrites, résumant un roman de Zola, envolées dans le turquoise de la mer de Sardaigne. Au moins, soleil et vent auront réparé une partie des dégâts. Et à 14 ans, on oublie plus vite les tracasseries scolaires.

Du papier, des théories, la Terre n'a pas fini d'en voir disparaître. Ce ne sont pas les gratuits qui diront le contraire. Près d'un million de lecteurs annonçaient-ils. Des imprimés plus vus que lus et qui terminent comme «protège-sièges» sur les banquettes des trains. Ça valait bien un sujet au TJ. Si journaux et publications voient leur parcours s'achever dans une poubelle, jamais on avait imaginé que CD et DVD les y rejoindraient si vite. Inaliénables, inusables, un coffre-fort pour la mémoire annonçaient les fabricants de rondelles. Récemment, on a appris que la durée de vie des «disques» gravés était de deux à dix ans. Les médiathèques crient à la perte de la mémoire collective. C'est Babylone qui brûle une seconde fois! En poussière, le DVD de votre mariage. Idem pour la collection de chants celtiques de votre conjoint. Débarrassée! Tout comme les jeux virtuels barbares de votre marmaille. Bon, dans le lot, vous perdrez la trentaine de photos de votre rencontre avec un bébé kangourou. La vie est ainsi faite qu'il est décidément difficile d'y laisser une trace. Du moins, la technologie ne détient pas encore la science infuse. Et tant mieux.