L'innocence perdue du printemps

06 mai 2008, 12:00

Sous nos latitudes, le climat se fait si souvent austère six mois durant qu'il n'y a que le rêve ou la fuite par la voie des airs vers des paradis d'océan Indien pour ne pas sombrer dans une solide mélancolie. Je me suis d'ailleurs toujours demandé comment font pour tenir ici ceux qui viennent de pays où le soleil brille sans partage.

Puis enfin, d'abord imperceptiblement, la vie reprend irrésistiblement le dessus. J'accueille alors ce frémissement printanier avec une allégresse et un émoi qui s'apparentent à ceux du collégien qui serre pour la première fois une fille dans ses bras. Il y a des bourdonnements dans l'air. Des cascades de fleurs s'accrochent aux murs de ma rue. Le vert des feuilles recouvre la nudité des branches qui se balancent devant mes fenêtres et de doux rayons bienvenus évincent la chaleur relative de mes pulls. Voilà comment, d'habitude, je perçois le vibrant retour des beaux jours. Il y a bien sûr des ratés. Quand le printemps attend l'élection de Miss Suisse romande pour vraiment s'installer, c'est que l'hiver s'est conduit en indéboulonnable dictateur. Mais cette année l'éveil de la nature s'accompagne d'un raté innommable, d'une ombre glaciale jetée par les agissements d'un monstre: la découverte des sévices ahurissants perpétrés par le sadique d'Amstetten. Celui qui a souillé et enterré la vie durant tant d'années dans ses caves secrètes. Depuis la mise au jour de ce fait divers inimaginable, le chant des oiseaux résonne moins joyeusement à mes oreilles.