1968, version noir et blanc

11 avr. 2008, 12:00

Ça m'est apparu clairement l'autre jour, en regardant un documentaire à la télévision: je suis tombé dans la marmite en 1968. La marmite de l'info, je veux dire. J'avais 8 ans, je lisais Tintin, le Club des cinq et le Crapaud à lunettes. Et j'ai commencé, allez savoir pourquoi, à mettre le nez dans les journaux. La faute à la radio, peut-être. Au centre de tout, à l'époque, la radio... Pas de télé chez nous, avaient décrété mes parents. Le monde entrait donc chez nous par la radio. Un appareil qui ferait le bonheur des amateurs de «vintage», crachouillant ses sons venus de nulle part au fur et à mesure qu'on avançait l'aiguille: Hilversum, Monte Carlo, Beromünster, Sottens...

1968, donc. Cette année-là, pour la première fois, le petit garçon que je suis perçoit l'émotion derrière l'information. Et j'interroge les grands. Pourquoi tue-t-on des gens comme Martin Luther King ou Bob Kennedy, dont je découvre le portrait dans le journal? Que se passe-t-il à Paris pour qu'on brûle des voitures dans la rue? Et pourquoi ces chars dans la foule à Prague, ville dont j'ignore jusqu'au nom et que je cherche, doigt hésitant sur l'atlas? Même le sport n'échappe pas à mes questions naïves. Pourquoi ces poings gantés de noir, sur le podium olympique de Mexico, rendent-ils si grave la voix des commentateurs?

1968. Quarante ans après, beaucoup de questions subsistent. Et les réponses, contrairement aux photos dans le journal, ne sont ni noires ni blanches.