Le départ de Moutier ne menace pas le bilinguisme bernois

Pour les autorités cantonales bernoises, le départ prochain de Moutier ne changera pas la place des francophones au sein du canton. Le poids politique du Jura bernois pourrait néanmoins diminuer.

29 mars 2021, 15:31
Le départ de Moutier du canton de Berne (ici des militants pro-bernois ce dimanche à Moutier) ne devrait pas changer la place des francophones dans le canton de Berne.

Le départ de Moutier et de ses 7400 habitants du canton de Berne ne va pas menacer le bilinguisme, assurent les autorités cantonales, le Conseil du Jura bernois et le Forum du bilinguisme. Mais le Jura bernois pourrait assister à plus longue échéance à un affaiblissement de son poids politique.

Le Jura bernois perd sa commune la plus peuplée, soit 13,7% de sa population. Ne serait-ce que mathématiquement, le départ de la cité prévôtoise affaiblit, même si cela demeure très modeste, le poids de la minorité francophone. Fin 2019, le canton de Berne comptait 1 039 474 habitants, dont environ 10% de langue française.

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Surreprésentée

La région est surreprésentée au gouvernement et au parlement. La constitution bernoise garantit au Jura bernois 12 sièges sur 160 au Grand Conseil et un siège sur sept au Conseil-exécutif. Ce statut particulier doit permettre à la région de préserver son identité et sa particularité linguistique et de participer à la vie politique.

Mais le départ de Moutier ne devrait pas manquer d’ouvrir le débat sur le maintien de ces acquis, même si le Grand Conseil a récemment renforcé la position du Jura bernois en adoptant une révision de la loi sur le statut particulier. Des députés germanophones pourraient toutefois remettre à l’avenir en question ces «privilèges».

Bilinguisme pas menacé

«Il n’y aura pas de remise en cause des acquis», a assuré lundi le vice-chancelier du canton de Berne David Gaffino. Le bilinguisme continuera également à être encouragé et valorisé, a-t-il expliqué. «On reste le même canton bilingue», a souligné le vice-chancelier, ajoutant que Berne continuera à jouer son rôle de pont entre la Suisse romande et la Suisse alémanique.

Le Conseil du Jura bernois (CJB), sorte de Parlement régional chargé de défendre les intérêts de la population, se veut aussi optimiste. «La question des prérogatives du Jura bernois sera abordée une fois que la ville de Moutier sera partie et cela est légitime et normal», a expliqué Virginie Heyer, présidente du CJB.

Le canton de Berne tient à sa minorité francophone.
Virginie Heyer, députée et maire de Perrefitte

La députée et maire de Perrefitte, commune voisine de Moutier, ne croit toutefois pas que cela aboutisse à un affaiblissement de la région. Virginie Heyer ne manifeste pas non plus d’inquiétude à propos du bilinguisme. «Le canton de Berne tient à sa minorité francophone», a-t-elle souligné.

Même constat au Forum du bilinguisme qui ne s’inquiète pas non plus pour l’avenir des francophones après la votation de ce dimanche. «Je ne vois pas cela comme une menace», a expliqué sa directrice Virginie Borel. Relevant que le destin de Moutier étant clair, elle estime que francophones et germanophones pourront à présent œuvrer plus étroitement encore en faveur du bilinguisme.

Chance pour la région

Pour la présidente du CJB, la fin de la Question jurassienne est susceptible de donner un nouvel élan au Jura bernois. «Au final, la région pourrait sortir renforcée avec plus en toile de fond», a estimé Virginie Heyer. Certains dossiers étaient bloqués à cause de l’incertitude autour de l’appartenance cantonale.

Le départ de Moutier offrira aussi des opportunités aux communes du Jura bernois qui pourront prétendre accueillir des unités administratives cantonales implantées dans la cité prévôtoise comme le tribunal régional, le Ministère public ou la police. «La région devra se mettre autour d’une table pour en discuter», a estimé Virginie Heyer.