«Une nation divisée ne peut pas survivre»

La société américaine fait face à une grave crise démocratique. Pour y faire face, le professeur à l’Université de Neuchâtel Patrick Vincent nous rappelle l’importance de la préservation des droits fondamentaux.

08 sept. 2022, 16:00
La société américaine est plus divisée que jamais, comme l'a montré par exemple la bataille autour du droit à l'avortement.

Le 8 novembre prochain auront lieu les élections de mi-mandat aux États-Unis. Les sièges de toute la Chambre, de plus de la moitié du Sénat et de bon nombre de gouverneurs seront remis en lice.

Même si la décision récente de la Cour suprême sur l’avortement a fâché bon nombre de citoyens, l’inflation, le manque de popularité du président démocrate Joe Biden et le redécoupage des districts risquent de donner une courte majorité au parti républicain, dominé par le mouvement populiste America First.

Ces élections ont pour toile de fond l’assaut du Capitole et la descente du FBI à Mar-a-Lago, deux signaux forts que le pays est profondément divisé. Selon un sondage d’étudiants conduit par NBC News, 46% des jeunes refuseraient de partager une chambre avec une personne de l’autre parti.

Une autre enquête du Centre californien de recherche sur les armes indique que 50% des Américains s’attendent à une guerre civile dans un avenir proche. Détail plus alarmant encore, les ventes d’armes ont fortement augmenté depuis 2020.

Lincoln annonça prophétiquement qu’une «nation divisée contre elle-même» ne peut survivre et qu’il faut attaquer la crise à la source.

La rédaction du «New York Times» ne mâche pas ses mots: nous sommes face «à la plus grande crise de la démocratie américaine depuis la Guerre de sécession». Et l’idée que les Etats-Unis sont au bord d‘une nouvelle guerre fratricide revient fréquemment dans le débat public. Tandis que les politologues préviennent que toutes les conditions nécessaires à une explosion de violence sont désormais réunies, la mouvance d’extrême droite la banalise.

Peut-être est-ce le moment de se remémorer le discours qu’Abraham Lincoln prononça le 16 juin 1858 après avoir été désigné candidat républicain au Sénat. Il annonça prophétiquement qu’une «nation divisée contre elle-même» ne peut survivre et qu’il faut attaquer la crise à la source, dans son cas l’esclavage. 

Les Démocrates défendaient cette institution inhumaine au nom de la souveraineté populaire. Or pour Lincoln, la tyrannie de la majorité ne doit jamais bafouer les droits fondamentaux inscrits dans la loi. Ce discours trop radical lui fit perdre l’élection de mi-mandat, mais son courage lui valut d’être élu président et de sauver la nation deux ans plus tard. 

Une leçon à retenir pour nos propres démocraties libérales, aussi précieuses que fragiles.