Sur le dos de qui?

Le théologien Pierre Bühler demande à ceux qui doivent subir les décisions prises collectivement – les femmes, les consommateurs, les assurés, les contribuables ou les locataires – de redresser l’échine et de dire: non!

15 sept. 2022, 14:00
Le financement de l'AVS va se faire sur le dos des femmes, estime Pierre Bühler.

«J’en ai plein le dos», dit une personne qui se sent harassée par toutes les charges qu’elle doit porter. Et cela me rappelle mes années à la ferme parentale, où il fallait porter des sacs de patates, de blé ou de farine, parce qu’on estimait que les adolescents ont «bon dos» (ce qui, pour l’anecdote, m’a valu une scoliose…).

Le dos permet aussi de désigner celles et ceux qui subissent, qui doivent endosser les conséquences de certaines décisions: on demandera alors «sur le dos de qui?»

Prenons l’exemple des votations à venir. Au dire de certains, l’AVS se porte mal et il faut garantir son financement à long terme. Sur le dos de qui? Des femmes, qui n’ont toujours pas obtenu l’égalité salariale et dont les rentes font déjà un tiers de moins que celles des hommes.

Pour augmenter les recettes de l’AVS, il faudrait augmenter la TVA. Sur le dos de qui? Des consommateurs, dont le pouvoir d’achat ne cesse de diminuer ces derniers temps.

Depuis l’été déjà, les assurances maladie nous préparent moralement: il faudra compenser une grosse augmentation des frais. Sur le dos de qui? Des assurés, alors que ces compagnies augmentent leurs bénéfices.

On nous recommande de supprimer l’impôt anticipé pour les grandes entreprises. Tant pis si celles-ci pourront tricher avec leurs impôts et qu’il y aura sans doute de grosses pertes fiscales. Sur le dos de qui? Du simple contribuable, qui continue à payer.

Depuis l’été déjà, les assurances maladie nous préparent moralement: il faudra compenser une grosse augmentation des frais. Sur le dos de qui? Des assurés, alors que ces compagnies augmentent leurs bénéfices.

Et on voit déjà les agences immobilières venir nous dire qu’il faudra assumer les gros frais de chauffage cet hiver. Sur le dos de qui? Des locataires, évidemment.

Dans le Livre des lamentations, le prophète Jérémie disait déjà: «Ils sont sur notre dos; nous sommes exténués; pas de repos pour nous.»

Alors, au lieu de faire le dos rond de catastrophe en catastrophe, redressons-nous et, le dos droit, disons non!