Queen Elizabeth et ma tante Jane

Le Royaume-Uni fascine Denis Müller, théologie, éthicien et professeur honoraire de l’Université de Genève, depuis son enfance. Il nous explique pourquoi.

22 sept. 2022, 16:00
La reine Elizabeth, décédée le 8 septembre dernier, a été un des symboles a régné durant 70 ans sur le Royaume-Uni et les autres royaumes du Commonwealth.

Quand j’étais petit enfant, je recevais chaque année, aux approches de Noël, un gros carton couvert de timbres à l’effigie de la reine Elizabeth. C’était le lot magique et mystérieux de cadeaux que ma tante Jane, la sœur de ma mère, nous envoyait fidèlement depuis Londres où elle résidait.

Cette tante était une personne originale et indépendante, qui était partie dans sa jeunesse au Venezuela, avant de faire une longue carrière de «nanny» dans une famille anglaise où elle prenait en charge un enfant dès sa naissance. Cette tâche importante lui avait permis de très bien s’intégrer dans la vie britannique. Lorsque je décidai moi-même de devenir animateur de jeunesse à l’Église suisse de Londres, entre 1971 et 1973, je bénéficiai au maximum de ses conseils.

Qu’est-ce que je trouvais parmi les cadeaux de Noël? Des friandises very british, comme de la jelly ou des After Eight, mais surtout des modèles réduits de voitures, de bus à deux étages et de taxis londoniens, si noirs et cossus dans mon souvenir. Il y avait aussi des jouets, des chevaux de bois, ou encore le revolver et le chapeau en fourrure de Davy Crockett, le héros américain très aimé à Londres. Et puis des livres pour enfants, décrivant la vie quotidienne dans les fermes anglaises.

Mon amour du Royaume-Uni s’est intensifié lors de voyages en Angleterre et au pays de Galles. Et ma passion du football anglais n’a cessé de de s’épanouir, depuis mon premier match, en 1968, au stade de West Ham United où jouaient Bobby Moore et Marin Peters, champions du monde en 1966.

Son système, la monarchie parlementaire, ne nous est pas seulement étrange, il nous attire et nous fascine aussi.

Un jour, au Club des jeunes, j’invitai un militant républicain antimonarchiste à nous expliquer les faiblesses du système politique britannique. La critique était limpide et sans la moindre hésitation: la monarchie coûtait beaucoup trop cher et elle n’avait rien de démocratique. Depuis, le Royaume-Uni a connu bien des déboires: la reine Elisabeth a passé par des années horribles (1992 et 1997), puis est survenue, dans un tout autre registre et à une toute autre échelle, cette secousse immense que fut et qu’est toujours le Brexit.

Depuis des années, je m’interroge sur mon attirance singulière pour un pays aussi «spécial» que le Royaume-Uni. Le décès d’Elizabeth II et l’avènement de Charles III sont venus relancer mon intérêt et mon questionnement. Ce qui est sûr, à mes yeux, c’est que l’Europe entière (y compris la Suisse) a beaucoup perdu avec le Brexit. Nous ne sommes en effet paradoxalement Européens qu’en relation avec la Grande-Bretagne. 

Son système, la monarchie parlementaire, ne nous est pas seulement étrange, il nous attire et nous fascine aussi. Il est urgent que nous développions une nouvelle relation avec ce pays. L’arrivée au pouvoir d’une nouvelle première ministre et l’intronisation de Charles III nous en donnent sans doute l’occasion.