Poutine, cet anti-modernisateur

Le président russe Vladimir Poutine, par son rejet de l’Occident, prouve qu’il n’est en rien l’héritier des grands modernisateurs russes, comme l’ont été Pierre le Grand ou Mikhaïl Gorbatchev, relève l’écrivain et éditeur François Berger.

14 sept. 2022, 16:00
Vladimir Poutine invoque la défense de la religion orthodoxe pour justifier ses visées nationalistes, note François Berger.

Le maître absolu du Kremlin poursuit sa révolution politique et culturelle: usage de la force, rejet de tous les courants novateurs de l’Occident jugé décadent et liens étroits avec l’Eglise orthodoxe pour renforcer son nationalisme.

Telles sont les marques de fabrique de l’entreprise Poutine s’appuyant notamment sur des schémas pseudoscientifiques, comme celui de l’écrivain et philosophe russe Constantin Léontiev (1831-1891), selon lequel l’Europe n’a plus de grands esprits depuis la Renaissance. Une sentence aussi ridicule qu’erronée quand bien même le monde européen peine aujourd’hui à s’affirmer comme grande puissance.

L’autocrate russe n’est en rien un héritier des grands modernisateurs ouverts au monde occidental et s’en inspirant, comme le tsar, puis premier empereur de l’empire russe, Pierre le Grand (1672-1725).

L’ancien membre du KGB ne fait qu’isoler son pays et prône «un art tranquille, voire ennuyeux mais rassurant», comme le souligne Valéri Petcheïkine, dramaturge russe.

Porter le nom d’un saint n’a jamais empêché les pires exactions. Vladimir Poutine est aux antipodes de celui qui a voulu mettre fin à la confrontation Est-Ouest, Mikhaïl Gorbatchev, récemment disparu.

Disparu Apollon, le dieu grec des arts, sur le nouveau billet de cent roubles, remplacé par le monument du soldat inconnu. Quant au patriarche de Moscou, Cyrille, proche du pouvoir, il justifie la «guerre métaphysique» à l’encontre de l’Ukraine.

«Le sabre et le goupillon» sont de retour, ce qui rappelle les pires heures du clergé bénissant les canons. La tradition de bénir les armes remonte au Moyen-Âge. A cette époque, le roi de France Louis XI faisait enfermer ses opposants politiques dans des cages. Dans Marioupol détruite, l’envahisseur russe construit des cages de fer pour les prisonniers de guerre ukrainiens encourant la peine capitale. Ils y seront enfermés lors d’un simulacre de jugement prochain.

Porter le nom d’un saint n’a jamais empêché les pires exactions. Vladimir Poutine est aux antipodes de celui qui a voulu mettre fin à la confrontation Est-Ouest, Mikhaïl Gorbatchev, récemment disparu. L’ancien président soviétique, exceptionnel réformateur, avait reçu le Prix Nobel de la paix en 1990.

Poutine n’était pas à ses obsèques, ce qui est révélateur de deux visions antagonistes de la Russie et de l’Occident.