Pour un revenu de transition

En juin 2016, la population suisse a rejeté à une large majorité le principe d’un revenu de base inconditionnel. Pourtant, en citoyen concerné par l'état du monde, le Neuchâtelois Alexandre Wicki, estime que ce projet permettrait de mieux faire face aux grands enjeux de notre époque.

01 sept. 2022, 17:00
Un revenu inconditionnel pour tous permettrait aux travailleurs pauvres de gagner en qualité de vie, relève Alexandre Wicki.

Le 5 juin 2016, la population a rejeté à 76,9% de voix l’idée d’un revenu de base inconditionnel (RBI). Pour rappel, l’idée était d’instaurer un revenu, versé chaque mois par l’État à chaque citoyen suisse de la naissance au trépas et ce, de manière inconditionnelle. 

Le texte était certainement imparfait et l’idée sûrement trop avant-gardiste. Cela dit, à y bien réfléchir, il aurait permis à bon nombre de citoyens de pouvoir se retirer partiellement du système productiviste, de faire un pas de côté pour œuvrer à une transition indispensable. Mais d’aucuns craignaient que la population ne soit plus motivée à travailler.

Ce qui est sûr, c’est que personne ne regretterait un emploi aliénant et déshumanisant.

Si cette loi était entrée en vigueur, il est certain qu’une frange de la population en aurait profité pour se tourner allègrement les pouces. Ce qui en soi n’aurait pas forcément été une mauvaise chose puisque son faible pouvoir d’achat aurait été synonyme d’un impact écologique moindre et son absence du marché du travail aurait laissé la place à des personnes plus motivées. 

Pour d’autres, comme tous ces héros discrets - éducateurs, soigneurs, créateurs d’associations, personnes agissant dans l’écologie, les arts ou le sport - pour toutes ces mains porteuses de bienveillance, de créativité et de bon sens, le RBI serait source de temps et d’oxygène. Pensons aussi à tous ces étudiants qui n’auraient plus à travailler dans des fast-foods, à ces paysans qui tenteraient l’aventure du bio plus en confiance, à ces ouvriers qui pourraient réduire leur temps de travail et gagner en qualité de vie.

L’inéluctable marche de l’économie se dirige vers davantage de numérisation, d’automatisation et de robotisation, ce qui aura un impact majeur sur le marché du travail. À n’en pas douter, beaucoup d’emplois disparaîtront, mais pour combien d’emplois créés parallèlement? Personne ne peut le dire avec certitude. Ce qui est sûr, c’est que personne ne regretterait un emploi aliénant et déshumanisant.

Enfin, pour faire face aux crises actuelles - climatique, sanitaire, économique et politique - un revenu de base inconditionnel, garantissant quoi qu’il arrive une certaine dignité personnelle et un flux monétaire au sein de notre pays, nous apporterait davantage de résilience.