Energie: des pannes d’anticipation

Après n’avoir pas su prévenir l’invasion de l’Ukraine, les dirigeants occidentaux ont désormais du mal à faire face aux conséquences de leurs sanctions contre la Russie, constate l’écrivain et essayiste Nicolas Rousseau.

21 sept. 2022, 16:00
La Russie fait pression sur l'Europe au moyen de ses approvisionnements en gaz, comme c'est le cas avec plus grand gazoduc vers le continent, Nord Stream 1.

Ainsi donc, les Occidentaux découvrent que loin d’affaiblir la Russie, les sanctions contre son gaz et son pétrole l’ont plutôt enrichie: elle en a moins vendu mais en a tiré un prix plus élevé qu’avant. Application du principe selon lequel plus un produit se raréfie, plus il devient cher.

Curieux que nos dirigeants n’aient pas anticipé ce phénomène. Pas plus d’ailleurs qu’ils n’ont prévu que s’ils déclaraient une guerre économique aux Russes, ces derniers utiliseraient à leur tour l’arme d’une diminution de leurs livraisons de matières premières.

Pour renforcer les sanctions contre le président russe Vladimir Poutine, les pays du G7 envisageraient désormais de plafonner les prix du gaz et du pétrole russes. Une mesure interventionniste qui étonne, venant d’Etats acquis à la liberté des échanges internationaux. 

Et difficile de croire qu’un tel précédent sera avalisé par les 24 pays producteurs de pétrole de l’OPEP+, une organisation où siègent les Russes et dont les membres pourraient craindre une distorsion de concurrence (avec un prix plafonné bas, le pétrole russe attirerait alors tous les acheteurs). En outre, une grande nation consommatrice comme la Chine préférera toujours négocier directement avec Moscou des tarifs préférentiels.

Les dirigeants occidentaux manœuvrent à vue: non seulement ils n’ont pas su prévenir la guerre en Ukraine faute d’en avoir traité sérieusement les causes, mais ils peinent à en maîtriser toutes les conséquences, économiques et sociales.

Plus inquiétant, cette mesure risque de retendre le marché des hydrocarbures, la Russie ayant affirmé qu’elle ne commercera plus avec les pays appliquant ce plafonnement. La perspective d’une raréfaction de l’offre, rien de plus efficace pour inciter à un renchérissement du produit concerné! 

Mais faut-il encore une tension supplémentaire sur le commerce des énergies, avec de nouvelles hausses de l’essence, alors que nos populations subissent déjà l’augmentation de leurs factures de gaz? Demain, ce même G7 se lamentera de la progression des populistes en Europe, lesquels surfent largement sur les dégâts sociaux de cette crise énergétique.

Les dirigeants occidentaux manœuvrent à vue: non seulement ils n’ont pas su prévenir la guerre en Ukraine faute d’en avoir traité sérieusement les causes, mais ils peinent à en maîtriser toutes les conséquences, économiques et sociales. Et c’est l’Europe qui paie les pots cassés de leur défaut d’anticipation, le gaz américain lui coûtera très cher et elle va se créer de nouvelles dépendances énergétiques envers des autocraties conquérantes comme l’Azerbaïdjan ou le Qatar. 

Poutine joue sur ces errements, les Américains ne s’en émeuvent guère, eux qui disposent de pétrole et de gaz en suffisance…