«Voix et pieds d’outre-tombe», l’Air du temps de François Nussbaum

Attention à vos fesses en lisant la chronique Air du temps de François Nussbaum.
29 oct. 2020, 05:30
AirDutemps-FrancoisNussbaum

«J’ai peut-être un pied dans la tombe, mais il m’en reste un pour vous botter le derrière.» Bon, le vieux se vantait un peu: allez balancer votre pied valide quand l’autre ne sert plus d’appui!

L’inspecteur Bérurier avait tenté l’exercice, en fredonnant son air préféré des «Matelassiers»: après s’être lavé un pied dans le lavabo, il avait remonté l’autre sans redescendre le premier. Le commissaire San Antonio avait piqué un fou rire mémorable en le retrouvant sur le carrelage, les quatre fers en l’air, tiré en arrière par ses 150 kilos.

Mais le vieux avait en tête une autre sentence, piquée chez un humoriste: «Le coup de pied au cul, c’est l’électrochoc du pauvre.» A n’en pas douter, la phrase lui plaisait, à ceci près qu’il imaginait volontiers l’appliquer à certains riches, pour leur montrer à quel manque d’égards les pauvres avaient dû s’habituer. Pour qu’ils réalisent que le «coup de pompe d’onze heures» ne se surmontait pas toujours avec un petit ristretto demandé à sa secrétaire. Par exemple lorsqu’on reçoit sa lettre de licenciement.

Maintenant que le vieux a, depuis belle lurette, les deux pieds bien calés dans la tombe, il lui arrive encore de me les rappeler à mon bon souvenir. Genre: «Dis donc, fiston, t’es bien sûr d’avoir empoigné ce problème par le bon bout? Toi et ton problème valent peut-être mieux que ça, non?» J’aimerais bien qu’il me lâche les baskets, mais je réponds: «OK, p’pa, message reçu, et au bon endroit.» Sacré vieux.

François Nussbaum