Une amitié dans la tempête

02 août 2015, 18:45

CRITIQUE - PAR LAURENCE DE COULON

En véritable archéologue de la psyché, l'auteure américaine Ann Packer explore très finement le comportement de ses personnages. Amies depuis leurs huit ans, Liz et Sarabeth mènent une vie différente. La maternité définit Liz qui ne travaille pas pour s'occuper de ses enfants, et Sarabeth tente de s'épanouir dans la création d'abat-jour et la décoration de maisons en vente. Mais leurs rencontres, leurs discussions et leur amitié leur apportent toujours une grande joie, jusqu'à ce que Lauren, la fille aînée de Liz âgée de 15 ans, tente de se suicider. Tout explose: le couple de Liz, son amitié avec Sarabeth. Celle-ci, qui aurait dû épauler son amie dans cette période pour le moins difficile, se noie dans ses problèmes avec son ex, un homme marié, et ne parvient pas à oublier sa propre mère, une femme peu maternelle et souffrante qui a fini par se donner la mort.

Ann Packer suit attentivement ses personnages, la haine de soi de Lauren qui l'amène à faire ce geste destructeur, la subtilité du comportement de Liz face à ses enfants, la colère de son mari, exprimée à travers le sport, et la solitude de Sarabeth. Bien qu'incarnés et convaincants, ils s'apparentent à des souris de laboratoire, et permettent à leur auteur d'analyser la nature de leurs relations, et d'expérimenter une crise et ses multiples possibilités.

Focalisé sur l'amitié et les répercussions d'un drame au sein d'une famille, «Chanson sans paroles» demande aussi indirectement et marginalement où nous conduisent les choix de vie et le destin: mener une brillante carrière professionnelle ou pas, aussi bien pour la femme que pour l'homme, construire une vie de famille conventionnelle ou pas. Tout en possédant un réel sens du récit, l'auteure américaine mène une exploration des relations humaines à travers les pensées et les actions de ses personnages. Avec brio, elle continue la veine des romanciers réalistes du XIXe siècle dans un contexte contemporain. «Chanson sans paroles», Ann Packer, traduit de l'anglais par Michèle Hechter, Editions de l'Olivier, 2009

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