Prévenu acquitté mais pas blanchi

22 janv. 2010, 09:56

Après une procédure de plus de trois ans, une difficile affaire mettant en prise un septuagénaire et une jeune femme l'accusant d'attouchements a trouvé son épilogue, hier, devant le Tribunal de police du Val-de-Travers. «Le doute profite à l'accusé, et un élément dans cette histoire me bloque, alors même si la plaignante est solidement crédible, je ne peux qu'acquitter le prévenu, sans pour autant le blanchir.»

Paul*, 75 ans, était prévenu d'actes d'ordre sexuel avec des enfants, pour avoir pratiqué, à une reprise, des attouchements sur la poitrine de Sara*, la petite-fille de sa compagne, alors âgée de 9 ou 11 ans selon les déclarations. Des faits qui se seraient produits à l'automne 2002 selon Sara, alors que le prévenu les situe en automne 2000. Un soir, alors que Sara, sa grand-mère et Paul regardaient un film, assis sur le même canapé, le prévenu aurait massé le ventre de la petite fille pour calmer ses douleurs et serait remonté jusqu'à sa poitrine naissante.

Ce n'est qu'en juillet 2006 que Sara parle de ces attouchements à des thérapeutes, après avoir été hospitalisée à plusieurs reprises pour des comportements destructeurs qui seraient en lien avec les faits reprochés à l'ami de sa grand-mère.

Ayant eu vent de ces accusations, Paul s'est rendu lui-même au poste de police, où il a tenu des propos virulents, ne jouant guère en sa faveur, à l'encontre de Sara. Il a admis avoir massé la petite, mais a exclu de ses gestes toute connotation sexuelle.

L'expertise de crédibilité exigée par la défense ne va pas non plus dans le sens du prévenu, puisqu'elle conclut que Sara est parfaitement crédible et qu'elle ne souffre d'aucun trouble de la personnalité, ni de mythomanie. Des conclusions auxquelles est également parvenu le juge, qui a relevé que les déclarations maladroites de Paul à la police sentent la culpabilité. «Mais je ne peux pas m'arrêter à ça pour condamner le prévenu.»

Et d'expliquer que dans le cadre des attouchements sexuels, l'abuseur teste d'abord les réactions de sa victime, sans prendre de risque, avant de passer à la vitesse supérieure. Or, selon Sara, Paul aurait agi une seule et unique fois en présence de sa grand-mère, sans que celle-ci ne remarque quoi que ce soit. «Le prévenu aurait alors pris des risques importants d'être découvert, surtout en ne connaissant pas les réactions de l'enfant, qui aurait pu crier.» Un déroulement des faits jugé d'autant plus improbable que Sara a déclaré avoir vainement tenté de le retenir en serrant ses bras.

«Sara est crédible, et si les faits s'étaient déroulés ailleurs tout s'imbriquerait, mais pas dans ces circonstances avec sa grand-mère à côté», a-t-il conclu. fanny noghero

fanny noghero

* Prénoms fictifs