Pour rire avec les classiques

02 août 2015, 18:46

Idéal pour réviser ses classiques français et pour rire intelligemment, «Les Morot-Chandonneur» réunit plus de quarante pastiches sous la forme d'un roman. Publié il y a quelques dizaines d'années une première fois, puis additionné de quelques nouveaux textes en 1965, il retrace les aventures fantasques d'une dynastie française. Pour chaque court chapitre, Bernard Minoret copie brillamment le style d'un auteur, de Sade à Ionesco, et Philippe Jullian pastiche des peintres, en passant par Paul Klee et Giacometti. Ces exercices ont beau être de l'ordre de l'imitation, il n'en faut pas moins un sens aigu de la langue pour pouvoir ainsi reproduire les tics et la manière des grands écrivains. Bien que souvent drôles, parce qu'ils soulignent les excès de leurs modèles, ils restent des hommages. Et nous de nous régaler des histoires de la famille Morot-Chandonneur, formée de personnages très différents, des nobles, des arrivistes opportunistes et des âmes sensibles, à travers les époques et les mentalités. Le fondateur de la lignée, Hector Morot, le bâtard d'une duchesse, échappe de peu à la mort dès sa naissance: le duc aurait voulu faire manger ce bébé illégitime par sa femme. Esquivant le sort funeste que lui réservait la prétendue plume de Sade, il donne naissance à trois enfants, dont Malvina. Romantique, elle se jette sous les roues d'un tilbury dans les pages prêtées à Eugène Sue, après avoir revu son frère qui l'avait séduite. Un autre frère enrichit sa famille avec une banque qui pille l'Algérie, mais le dernier descendant, un fidèle de Sartre, ne supportant pas l'origine de sa richesse, ni la richesse tout court, saura retrouver une morale irréprochable en la distribuant à bon escient, au grand désespoir de sa femme. En bref, des personnages hauts en couleur et souvent cocasses, qu'on peut apprécier sans connaître ses classiques sur le bout des doigts. Mais une certaine familiarité avec les auteurs pastichés permettra sans doute de mieux profiter de la justesse et de la richesse de ces études de style.

«Les Morot-Chandonneur», Philippe Jullian et Bernard Minoret, Les Cahiers Rouges des Editions Grasset, 2009.

critique

'