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Michèle Nguyen conte et enchante les origines orientales

17 nov. 2007, 12:00

Vous ne craignez ni l'odeur de l'encens ni le fumet des nouilles sautées ni même le citron sur le cuir chevelu. Alors il vous faut voir cette si fragile fée vêtue de noir, pieds nus, langue limpide, elle vous guidera à travers la brume intime de ses origines. La musique du pays un temps perdu. «A quelques pas d'elle», dans la petite salle du théâtre du Passage, à Neuchâtel, offre le plus beau dépaysement, l'aventure sans exotisme, la traversée de soi tantôt au cutter, tantôt à la sarbacane, souvent à la pâte d'amende. Aigre, douce ou plutôt douce-amère comme tout acte d'amour. Une envoûtante invitation au voyage guidé par les battements du c?ur. On est bouleversé par les fabliaux, les farandoles, les faisceaux de lumière, les fruits gorgés d'Orient, la foule compacte, le frisson d'une branche dans le ciel.

Michèle Nguyen conte. Comédienne, auteure, femme-spectacle comme on oserait homme-orchestre, tant tout repose sur ses épaules délicates, qui se disloquent, qui s'enroulent dans l'au-delà mystique et merveilleux du rapport au public. Elle s'installe au centre du plateau avec pour seuls compagnons extérieurs quelques sons captés au Vietnam, son autre pays qu'elle découvre en étrangère avec pudeur et des étoiles dans la rétine. Dire d'où elle vient passe aussi par le premier homme avec qui elle refuse de partager une télévision et une mère. L'amour contrarié et souvent sublime du père. Carnet intime à l'encre de Chine, berceuse douloureuse disséqués par des gestes si fins. Des mains qui se tordent pour exprimer la complexité des danses traditionnelles tout comme pour prendre possession de l'espace, par le corps, le silence, la narration. La répétition burlesque et instinctive lorsqu'il s'agit de cette femme qui vend des guides, des cartes postales et des dictionnaires. Chaque mot existe singulièrement dans la bouche de l'actrice quand elle mime, quand elle rit, soliloque, rumine, renchérit. Elle joue avec sa propre histoire. La mise en scène sobre, précise, sans cesse tournée vers le partage, la découpe du langage d'Alberto Garcia Sanchez contribue à donner à ce moment une texture pure et ensorcelante. Les lumières de Nathalie Borlée susurrent une intensité, une tension.

Le spectacle lorgne du côté de la fantaisie avec ces digressions merveilleuses sur la lune qui se pose sur la corne de Madame buffle. Mais aborde aussi avec sérieux et foi le sujet grave de l'adoption, ces petits enfants qui crient leur patrie dans l'avion du retour. Dans cette heure dix si précieuse, elle dorlote et maltraite la matrice sans violence, avec une complicité, un pouvoir de séduction, un humour raffiné qui met le public dans sa poche, mais dans une poche trouée. Mieux, les larmes sur les joues esquissent les courbes du Mékong.

Neuchâtel, théâtre du Passage, ce soir à 20h et demain à 17h
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