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Les trucs de la fée verte

L'absinthe n'a jamais été cultivée mécaniquement. Pour y parvenir, l'association des cultivateurs innove. Le séchoir électrique est leur dernière réalisation Yves Currit le sait bien: lorsqu'il s'agit de méthodes anciennes, tous les vieux ont leur recette. Mais au bout du compte, il faut tout de même réapprendre les gestes, et les moderniser. Depuis 2002, le président de l'Association des cultivateurs d'absinthe du Val-de-Travers (Acav) expérimente, observe, vérifie, et recommence. Avec Simon Eschler, Jacques Christen et Jean-Jacques Rosselet, les trois autres membres de l'association, il a finalement mis au point des méthodes empiriques mais efficaces pour cultiver et récolter l'absinthe. Leur dernière réalisation: un séchoir à circuit fermé.

27 sept. 2006, 12:00
A la reconquête de l'absinthe

En 2002, Laurent Favre, directeur de la Chambre neuchâteloise d'agriculture et de viticulture (Cnav), fait paraître une petite annonce dans le bulletin d'information de l'organisation: quel agriculteur vallonnier voudrait à nouveau cultiver de l'absinthe? «Nous étions en pleine discussion sur la légalisation de la fée verte, raconte Laurent Favre, également député radical au Grand Conseil, et qui fonctionne toujours comme secrétaire de l'Acav. Or, si nous voulions une appellation d'origine contrôlée (AOC), il fallait une matière première indigène. Et donc redémarrer les cultures.»

Plusieurs agriculteurs s'annonceront, quatre resteront. Commence alors la reconquête d'une culture quasi oubliée. Combien de plants au mètre carré? Comment désherber? Quand et comment ramasser? «Les vieux disent qu'il faut récolter trois jours avant la pleine floraison, sourit Yves Currit. Mais comment savoir?» La première année, 100 heures ont été nécessaires pour récolter les 1000 mètres carrés plantés au Mont-de-Travers. Un délai ramené à 10 heures aujourd'hui, avec les machines.

L'absinthe n'avait jamais été cultivée de façon moderne. Alors les quatre compères essaient: la sarcleuse sera celle utilisée pour le maïs; en revanche, la motofaucheuse classique se révèle inefficace pour la récolte: trop vite bourrée. «J'ai donc retrouvé une vieille machine de la marque New Holland, des années 1970, crâne Yves Currit. Un engin qui n'avait pas très bien marché à l'époque, mais qui possède un rabatteur, sorte de dents qui poussent les coupes en arrière.» Un ami vend à l'association une bonne occasion, l'affaire est belle.

En 2003, l'Acav réalise ce qui semble être sa plus belle «invention»: un séchoir électrique. «En 2002, j'avais rempli ma grange de plantes d'absinthe fraîchement coupées, sur plusieurs niveaux, séparés par des lattes. Mais ça n'avait pas bien fonctionné.» Alors l'association se met en quête d'une soufflerie, qu'elle trouve auprès d'un horticulteur de l'Ajoie. Reste à l'installer, dans un garage chez Yves Currit. De l'air à 35°C circule en boucle, déshumidifié à chaque passage. Les plantes, posées sur un sommier de métal, mettent trois jours à sécher. En deux semaines, la tonne de matière sèche produite annuellement par l'Acav passe au hache-paille du siècle dernier auquel on a ajouté un moteur, puis est conditionné dans des sacs en papier.

Avec 3000 mètres carrés, l'Acav n'a pas inondé le Val-de-Travers de culture d'absinthe. Mais il y a largement de quoi produire 100.000 litres annuellement. «Et l'AOC, ce serait notre plus belle réussite», dit Yves Currit. Une réussite qui ne devra rien au hasard. / FAE

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