Les grottes de Saint-Béat rejettent des eaux rugissantes et légendaires

. Au cœur de la montagne, près d'Interlaken, est nichée une caverne qui fut pendant des siècles un lieu de pèlerinage mythique. Destination romantique ou encore paradis des spéléologues, les grottes de Saint-Béat sont un monde à part où l'on perd la notion du temps et le sens de l'orientation au milieu d'un ruisseau mugissant
02 août 2015, 18:44

Accroché dans le flanc d'une falaise du massif du Niederhorn, le site des grottes de Saint-Béat vous accueille avec deux chutes spectaculaires. Très touristique, le lieu fascine par sa situation: la vue sur les eaux turquoise du lac de Thoune et les Alpes bernoises est remarquable à travers les très belles arches de pierre du bâtiment d'entrée.

Les grottes de Saint-Béat servaient déjà d'abri pour les populations du néolithique comme l'ont révélé les fouilles effectuées. La cavité tire son nom de saint Beatus, un moine irlandais venu convertir les Helvètes au christianisme au 6e siècle. Selon la légende, il vécut en ermite dans une excavation bordant la grotte après en avoir fait fuir son locataire: un féroce dragon qui terrorisait la population. Ce mythe fit de l'endroit un important lieu de pèlerinage jusqu'à la Réforme en 1528.

Durant plus de 200 ans le lieu fut déserté, avant qu'au 18e siècle l'Oberland bernois ne commence à attirer l'attention des peintres, des naturalistes et des premiers touristes romantiques. Les grottes de Saint-Béat redeviennent une halte incontournable pour les voyageurs. Goethe, Lord Byron, Richard Wagner ou encore Mme de Staël s'y rendront. Plusieurs personnes tenteront de pénétrer le plus loin possible dans ce conduit aux passages souvent très étriqués.

La partie accessible aux visiteurs, telle qu'elle est aujourd'hui, a été ouverte au public en 1904. Elle se présente sous la forme d'un long boyau sur près d'un kilomètre, résultat d'une érosion engendrée par les eaux de pluie des millénaires durant. De nombreux aménagements ont été nécessaires, notamment là où les passages ne mesuraient pas plus de 50 cm de haut.

Le long d'un chemin assez étroit mais bien aménagé se succèdent salles et petits lacs limpides, où de fines stalactites et stalagmites se reflètent avec magie. La stalagmite Koh-i-noor est la plus célèbre concrétion des grottes. Vieux de 40 000 ans, ce «bijou» doit son nom au célèbre diamant qui pare la couronne de la famille royale britannique.

L'itinéraire passe également devant la grotte du capitaine. Celle-ci a été baptisée ainsi en l'honneur de son découvreur en 1848, le colonel Johann Knechtenhofer, hôtelier et premier capitaine de bateau sur le lac de Thoune. Avec ses trois matelots, il lui a fallu plus de quatre heures et demie pour atteindre l'endroit et revenir en rampant sur le ventre, équipé d'un matériel sommaire.

Dans la grotte du Dôme, 400 m de roches en ligne verticale nous séparent de Beatenberg, «le plus long village du monde», qui s'étend sur quelque 7 km. Tout le trajet est parsemé d'énormes failles par lesquelles l'air frais se faufile et l'eau de pluie s'infiltre. Cette dernière emporte d'ailleurs avec elle des spores à l'origine de fougères et de mousses.

Mais le charme des grottes de Saint-Béat réside surtout dans son ruisseau remarquable d'impétuosité qui accompagne le visiteur sur une bonne partie du parcours. Le débit du Beatenbach peut être torrentiel en période de crues, atteignant parfois plus de 750 litres /seconde dans un vacarme assourdissant.

Après avoir pénétré près d'un kilomètre dans la montagne et gagné 86 mètres de hauteur, le chemin effectue une boucle dans un splendide enchevêtrement de roches au milieu desquelles gronde le torrent. C'est le «Hexenkessel» ou chaudron de la sorcière. Le spectateur a ici atteint le point le plus profond de la galerie. A partir de là s'ouvre un monde encore plus mystérieux, seulement connu des spéléologues... /NPA

Un labyrinthe tentaculaire

Parallèlement aux grottes ouvertes au public, qui attirent chaque année quelque 65 000 personnes, existe tout un réseau de cavités uniquement accessibles aux spéléologues. «Il reste encore 12 km de grottes que l'on peut visiter avec le matériel adéquat», révèle la guide Irène Thomann à l'issue de la visite. Le massif compte également d'autres labyrinthes tentaculaires comptabilisant pour certains 40 km de boyaux. Et chaque année, de nouvelles galeries sont découvertes et explorées. Dans ce dédale, un phénomène étonnant mérite encore d'être signalé: une source sous-lacustre, dont l'aire d'alimentation s'étend jusqu'au massif de la Schrattenfluh (distant de plus de 20 km), donne l'impression en cas de crue que le lac de Thoune est en ébullition. /npa

Un bout du chemin de Saint-Jacques de Compostelle

Au 14e siècle, le puissant monastère des Augustins d'Interlaken, dont l'influence s'étend bien au-delà des montagnes, profite de la légende de saint Béat et du dragon pour faire de «Sant-Batten» un lieu de pèlerinage.

Une petite église est construite, ainsi qu'un cimetière et une auberge dont les ruines sont encore visibles. Pour rendre le site accessible, un chemin des pèlerins est aménagé. Il restera jusqu'à la fin du 19e siècle la seule voie de communication entre Interlaken et les localités de la rive droite du lac de Thoune.

Saint-Béat devient ainsi un saint très réputé dont le culte donne lieu à des pèlerinages fréquents. Ceux-ci pouvaient parfois regrouper des centaines de fidèles lors d'épidémies ou de catastrophes naturelles, comme les inondations qui sévissaient alors.

Suite à l'introduction de la Réforme à Berne au milieu du 16e siècle, le lieu de pèlerinage est banni. Les religieux d'Interlaken appellent les cantons primitifs à l'aide, mais la rébellion est matée, l'église détruite, les messes et la vente d'indulgences interdites. Un mur est érigé devant l'entrée des grottes.

«Depuis 1999, le pèlerinage a vécu une forme de réhabilitation officielle en devenant partie intégrante du chemin de Saint-Jacques de Compostelle», explique Marie-Blanche Schwaller, Alsacienne de 42 ans et adjointe du directeur. Les sentiers ont d'ailleurs été remis en état à cet effet. /npa

Dans l'antre du dragon

La légende raconte que voici 2000 ans, un redoutable dragon semait la terreur sur les rives du lac de Thoune. Son antre était un vaste réseau de grottes duquel personne n'arrivait à le déloger. Il fallut attendre la venue de saint Béat, un moine itinérant irlandais, qui extermina le monstre en le précipitant dans le lac.

Infos pratiques

En voiture Depuis Thoune ou Interlaken, suivre la très belle route surplombant le lac jusqu'aux grottes de Saint-Béat.

En transports publics Il est conseillé de prendre le bus à Thoune et de rentrer par Interlaken pour y attraper le train. En bateau jusqu'à la station des Grottes de Saint Béat/Sundlauenen, ou Beatenbucht ou encore Merligen (Beatus). Depuis Interlaken, compter 2 à 2h30 de marche.

Horaires Ouvert jusqu'au 18 octobre. De 10h30 à 17h. Visites guidées toutes les 30 minutes. Commentaire en allemand, français et anglais.

A observer L'accès aux grottes se fait en empruntant un chemin en zigzag assez pentu pendant 10 minutes. La visite d'une heure environ ne s'effectue qu'avec un guide et s'étend sur 2 km de long aller et retour. Des habits chauds sont recommandés (10°C).

Tarifs Adultes: 18 fr. Enfants (de 6 à 16 ans): 10 fr. Tarifs collectifs spéciaux.

Plus d'infos: 033 841 16 43 www.beatushoehlen.ch.

Attractions proches Sur le site même: Musée des grottes, exposition sur l'histoire et le développement de la spéléologie en Suisse (fermé le lundi). Terrain de jeu pour les enfants. Idée d'excursion parallèle: prendre le funiculaire qui vous emmène du lac de Thoune au Beatenberg. De là, des télécabines transportent les passagers jusqu'au Niederhorn (1950 m).