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Le top niveau piscicole

La pisciculture cantonale est passée maître dans le sauvetage de la truite du Doubs et dans l'élevage de poissons sauvages. Une réputation reconnue loin à la ronde «C'est ma meilleure année!» François Geiger se répète. L'an passé, le responsable de la pisciculture de Môtiers annonçait fièrement un taux de fécondation de 83 pour cent. Aujourd'hui, il affiche 90% de réussite. «On est au top niveau de la pisciculture», lâche encore celui qui prend soin des poissons de rivière dans le haut du canton.

24 janv. 2006, 12:00

Y a-t-il donc une compétition entre services de la faune en Suisse, pour ce qui concerne la pisciculture? «Tout à fait, acquiesce Arthur Fiechter, chef du Service de la faune. Le canton de Neuchâtel est reconnu loin à la ronde pour la qualité de ses élevages. Nous avons à Môtiers des installations très modernes, avec un refroidisseur d'eau. Cela permet de ralentir le développement des poissons pour choisir le moment le plus propice à leur remise à l'eau.»

Car la pisciculture de Môtiers est confrontée à un problème particulier: la truite fario est la truite du bassin versant Atlantique (Areuse, Aar, Rhin, puis Atlantique). Facile à élever, l'alevin se contente d'aliment artificiel. La truite du Doubs est celle du bassin Méditerranée (Doubs, Rhône, Méditerranée). Les alevins sont plus fragiles, et se nourrissent de plancton spécialement pêché du lac. Or, «pendant une quarantaine d'années, des farios, moins fragiles, ont été relâchées dans le Doubs, explique François Geiger. On ne se rendait pas bien compte de l'impact que cela aurait. Aujourd'hui, la truite du Doubs est devenue une espèce rare qu'il faut sauver, car une race hybride est née.»

Et voilà ce qui fait la réputation de Môtiers. Par la sélection d'individus reproducteurs génétiquement purs, les pisciculteurs sont parvenus à faire renaître une truite du Doubs possédant 97% de son patrimoine génétique originel. «Par notre monopole en matière d'élevage de poissons, nous gardons le contrôle absolu sur la génétique, précise Arthur Fiechter. Nous parvenons ainsi à de très bons résultats.»

La méthode sauvage

Mais la génétique n'est pas le seul objet de fierté de la pisciculture de Môtiers. Il y a sa méthode aussi. Et elle tient en un seul mot: sauvage. Toutes les truites élevées ici, les truites fario comme celles du Doubs, passent leur premier été en étang. «On ne fait pas de poisson de mesure ou du poisson d'assiette, relève François Geiger. Les poissons apprennent à chasser pendant quatre à cinq mois dans les étangs de la pisciculture, on ne leur donne pas de nourriture. Et lorsqu'ils sont lâchés en rivière et qu'on les voit nager dans le courant et faire des écarts rapides pour attraper un moucheron, on se dit qu'on a réussi. C'est un moment fabuleux.»

Mais on n'en est pas encore là. Les lâchages se feront en octobre. Et cette année s'annonce plus morne que les précédentes, coupes sèches obligent. La reproduction naturelle, l'autre axe de travail des pisciculteurs, en prend un sérieux coup. «Notre budget pour favoriser le frai naturel est passé de 75.000 à 15.000 francs cette année, dévoile Arthur Fiechter. Le canton compte 14 échelles à poissons, mais ce n'est pas suffisant pour leur permettre de remonter les cours d'eau jusqu'en haut.» A Môtiers, les larves qui grouillent dans les bacs ne savent pas encore ce qui les attend. Et s'en fichent pas mal. /FAE

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