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«Le sportif doit être bon»

16 août 2008, 12:00

Interrompu au milieu de la visite d'une abbaye en pays cathare, Jacques Hainard a appris de notre bouche le parcours olympique de Roger Federer. Son élimination jeudi du tournoi individuel et sa qualification hier pour la finale du double, avec son pote «Stan» Wawrinka. Il en sourirait presque: «Je trouve cette victoire très intéressante, car elle va déstabiliser l'avis du public.» Car il a quelque chose de terrible, cet avis, aux yeux du directeur du Musée d'ethnographie de Genève: «Dès que l'image du gagnant commence à s'écorner, c'est fou ce que le discours se renverse rapidement. Roger Federer, c'est l'icône qui s'écrase, on voudrait qu'il soit invincible jusqu'à la mort.»

Ce brusque revirement d'opinion relève de ce que les anthropologues appellent la pensée ordinaire: à un point de vue peut succéder, quelques secondes après, un avis opposé. «C'est comme en foot, lorsqu'un joueur noir est bon et qu'il marque des buts, il est des nôtres. Dès qu'il tire à côté, il n'est plus qu'un «sale nègre» qui doit rentrer chez lui», lance, provocateur, le natif du Val-de-Travers, concepteur, à Conches, d'une exposition sur le football intitulée «Hors jeu».

Les jugements portés aujourd'hui sur Roger Federer tiennent de ces «a priori redoutables».

Mais qu'est-ce qui fait qu'on a cette espèce d'opinion à fleur de peau sur les sportifs? «Le sportif est toujours sur le fil du rasoir. Il n'a pas d'autre choix que d'être bon. Il ne peut pas se construire sur des images négatives.»

Contrairement à d'autres, artistes, acteurs, auteurs. «Un acteur ou un musicien n'est pas tenu d'avoir un comportement exemplaire pour «assurer». Il peut même faire des conneries, cela fait presque partie de son look. Regardez un Gainsbourg, son image ne lui a pas nui. Au contraire.»

Le sportif, lui, n'a pas droit à l'erreur. Et Jacques Hainard de rappeler ce souvenir de ce joueur de football colombien ayant raté un penalty en Coupe du monde, assassiné quelques jours après son retour au pays. Souvenir extrême et «terrifiant». /sdx

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