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Le prodigieux inventaire du livre d'art en terre romande

Pour la première fois, un ouvrage retrace l'histoire de l'édition d'art en Suisse romande, de 1883 à nos jours. Un trésor somptueux réunissant production picturale et littéraire, régionale et internationale, allant de Cendrars à Picabia, de Picasso à Matisse ou Yersin, jusqu'à de jeunes créateurs contemporains.

23 déc. 2010, 11:26

Sous la houlette de Frédéric Pajak, responsable des Cahiers dessinés, c'est une véritable Bible qui vient de voir le jour. Intitulé «Le Livre libre», ce répertoire nécessaire vient combler une lacune béante en matière d'histoire de l'art et de bibliophilie. Tout un pan de la culture romande est ainsi magnifié au travers d'une iconographie de grande qualité et des textes pertinents, mettant à l'honneur la passion d'un pays pour le travail bien fait et les belles choses.

Au fil des 400 pages riches de 700 illustrations, ayant nécessité pas moins de trois types de papier, les gravures joueuses de Mirò reproduites au plus près des couleurs originales voisinent avec les troublants «Poèmes et dessins de la Fille née sans mère» de Picabia. Picasso y trace ses «Métamorphoses». Louis Soutter enfermé dans ses délires redessine à l'encre de chine sur les livres imprimés de son cousin Le Corbusier. Marc Jurt côtoie Tal Coat. Le graveur chaux-de-fonnier Charles Humbert se rappelle à la postérité avec ses planches rabelaisiennes hallucinantes dédiées à «Gargantua». Les chants libertaires des trublions Jean-François Comment et Alexandre Voisard trouvent de singuliers échos dans les cheminements d'autres Jurassiens: Max Kohler, Rémy Zaugg... Toutes ces aventures éditoriales ont leur ancrage en Suisse romande! Oui, absolument, de par le travail acharné d'éditeurs tout dévolus - sans sectarisme aucun - à la création d'ici et d'ailleurs!

Ce patrimoine culturel méconnu est mis en lumière dans l'ouvrage réalisé par Frédéric Pajak et différents écrivains, critiques, bibliothécaires, historiens d'art, parmi lesquels Yves Peyré, Rainer Michael Mason ou encore le Neuchâtelois Walter Tschopp. La facture de l'ouvrage porte la signature du maître imprimeur lausannois Jean Genoud, 84 ans et une passion intacte pour la chose imprimée!

De cette réflexion plurielle foisonnante, qui ne se limite de loin pas à l'estampe, surgit une véritable histoire de l'art des siècles passés, tant les échanges entre créateurs d'ici et d'ailleurs ont été féconds. Terre d'asile pour de nombreux intellectuels, la Suisse épargnée par les guerres a ainsi bénéficié d'une émulation exceptionnelle entre peintres, graveurs, poètes, imprimeurs, éditeurs; catalysant autour de la réalisation de livres-objets, de livres-manifestes ou d'humbles albums illustrés, l'essence même des aspirations artistiques, politiques, sociales de l'époque.

Tout ce remuant petit monde n'épargne pas pour autant la Suisse de ses sarcasmes, «cette tumeur où Dieu a craché quelques lacs», écrit en 1923 Tristan Tzara, pourtant en exil à Zurich, ville de toutes les libertés. C'est dans ce «crachat» que le poète roumain fondera avec d'autres habitués du cabaret Voltaire le mouvement Dada, mouvement qui affranchira le livre d'art de tous ses codes.

Et à l'ère numérique? Si le livre d'estampes pour bibliophiles se fait un peu plus rare, il n'en demeure pas moins un objet essentiel à humer pour apprivoiser le temps. Les temps incertains des délices, du raffinement, de l'intelligence et du partage en opposition à l'ignominie. La connaissance en adéquation. Le livre-objet pour réinventer sans complexe les bruits et les rumeurs du laser promis par les nouvelles tablettes des Moïses modernistes. /CFA

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