«La fin de la diplomatie»

Téhéran menace de limiter sa coopération avec l'Agence internationale de l'énergie atomique, en cas de saisine du Conseil de sécurité. Tout n'est pas encore dit L'Iran a averti hier qu'un renvoi de son dossier nucléaire devant le Conseil de sécurité de l'ONU provoquerait une rupture dans les négociations. Téhéran menace également de limiter sa coopération avec l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA).

01 févr. 2006, 12:00

«Informer ou saisir le Conseil de sécurité du dossier iranien est la fin de la diplomatie et cela n'est pas du tout positif», a déclaré Ali Larijani, principal dirigeant en charge du nucléaire.

Dans ce cas, «nous sommes obligés, conformément à la loi votée par le Parlement, de cesser toutes les mesures volontaires et d'arrêter l'application du protocole additionnel», qui autorise les inspections poussées du programme nucléaire, a-t-il indiqué. «Si cette menace devient réalité, les inspections seront limitées», a-t- il averti.

D'autres solutions

Fin 2003, l'Iran a suspendu volontairement ses activités d'enrichissement d'uranium et accepté de signer et d'appliquer le protocole additionnel sans toutefois l'avoir ratifié.

«Le premier message de la déclaration de Londres est que l'Europe n'a pas la capacité de régler le problème nucléaire iranien. Nous devons donc chercher d'autres solutions pour le régler pacifiquement», a encore déclaré Ali Larijani.

Lundi à Londres, les cinq membres permanents du Conseil de sécurité (Etats-Unis, Grande-Bretagne, France, Chine, Russie) et l'Allemagne sont tombés d'accord pour saisir la plus haute instance des Nations unies.

Ils ont appelé l'Iran «à revenir à une suspension totale de ses activités liées à l'enrichissement, y compris la recherche et le développement». Mais par souci d'apaiser Moscou, toute action du Conseil de sécurité a été repoussée au moins jusqu'au mois de mars.

Le chef des négociateurs nucléaires iraniens Javad Vaïdi avait affirmé que la décision de Téhéran, prise le 10 janvier, de reprendre ses activités de recherches nucléaires était «irréversible».

Plus tôt, Ali Larijani avait affirmé qu'on pouvait «arriver à de bons résultats à travers les négociations» et avait conseillé aux Européens de «continuer les négociations constructives avec l'Iran».

Cherchant à calmer le jeu, le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, a annoncé que «des représentants du ministère russe des Affaires étrangères, accompagnés de collègues chinois, vont se rendre à Téhéran pour expliquer les mesures adoptées à Londres et inviter l'Iran à fournir des réponses précises aux questions posées par l'Agence internationale de l'énergie atomique».

Un rapport d'ElBaradei

Les cinq membres permanents du Conseil de sécurité ont aussi décidé que «la réunion extraordinaire (du 2 février) devrait rapporter au Conseil de sécurité sa décision concernant les démarches demandées à l'Iran, et devrait aussi lui rapporter tout rapport et toute résolution de l'AIEA liés à cette question».

Ils ont précisé que «le Conseil de sécurité devrait attendre le rapport du directeur général (de l'AIEA, Mohamed ElBaradei) au Conseil des gouverneurs de l'agence avant de prendre une décision pour renforcer l'autorité de l'AIEA». Mohamed ElBaradei doit présenter un rapport sur le programme nucléaire iranien lors de la prochaine réunion ordinaire du Conseil des gouverneurs, le 6 mars.

La Maison Blanche a salué hier la décision «importante» d'envoyer le dossier nucléaire iranien au Conseil de sécurité et a pressé Téhéran de suspendre toutes ses activités relatives à l'enrichissement d'uranium.

A Vienne, le ministre iranien du Pétrole, présent à la réunion de l'Opep, a déclaré que Téhéran n'allait pas «lier le pétrole» à la controverse nucléaire et n'a «aucune raison» d'interrompre ses exportations de brut. / ats-afp-reuters