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Il n'y a pas de hasard heureux

Tel un dé, l'addiction présente plusieurs facettes, de multiples formes et des conséquences diverses. Son fonctionnement est cependant homogène.

09 mai 2011, 12:16

A l'intérieur de la cage, le rat numéro 4 s'agite. Il trotte, se renverse, s'ébroue pour appuyer finalement sur un levier. Au travers d'un cathéter fixé sur le haut de son dos, la dose de cocaïne pénètre directement ses veines. L'animal se calme. «Ce qui est étonnant», explique Benjamin Boutrel, responsable de recherches au Centre de neurosciences psychiatriques du Chuv à Lausanne, «c'est de constater, au travers de ce type d'expérience, que sur 100 rongeurs, une vingtaine s'abstiennent, alors que la tentation est omniprésente, et que l'accès au produit tient du jeu d'enfant.»

Comme pour les rats, dans la société humaine, la consommation de cocaïne n'est pas récréative pour tout le monde. On estime à environ 20% les personnes victimes potentielles d'une addiction. «Allez dans une soirée en discothèque et proposez de la cocaïne gratuitement à 50 personnes et voyez combien l'accepteront. Le chiffre sera beaucoup plus élevé que celui correspondant aux personnes réellement à risque face au produit. Nous ne sommes pas tous égaux face aux addictions», déduit Benjamin Boutrel. Certains présentent des prédispositions génétiques, d'autres succombent dans un contexte particulier, et enfin, une dernière tranche de la population ne semblent tout simplement pas concernée par ce type de problématique. «L'addiction, c'est l'histoire d'une rencontre entre un individu, une substance ou un comportement, et son environnement», explique Benjamin Boutrel. Même si les études qu'il mène peuvent révéler une certaine fatalité biologique, celle-ci ne suffit pas à expliquer pourquoi certains tombent et se perdent dans les méandres de l'addiction. La réalité est bien plus complexe. L'exemple du jeu excessif est d'ailleurs troublant et illustre par excellence l'engrenage que représente l'addiction.

Il faut environ cinq ans pour développer un rapport problématique au jeu. Si au début, l'activité peut sembler anodine, il peut y avoir dérapage. Le système mis en place par les institutions, les casinos par exemple, implique, qu'à terme, le joueur perde plus qu'il ne gagne. L'addiction se révèle au moment où la personne se convainc de f açon irrationnelle qu'elle peut se refaire. S'opère alors une perte de contrôle. Dans le cerveau également.

La roulette russe

«Se confronter à la cocaïne, par exemple, c'est un peu comme jouer à la roulette russe», illustre Benjamin Boutrel. «Le barillet est chargé d'une balle. On décide alors d'appuyer ou non sur la gâchette. Si l'on choisit de prendre le risque, il y a une chance sur six que la balle parte. Tant qu'on n'a pas appuyé sur la gâchette, on ne peut pas savoir si on est vulnérable ou non à la drogue.» La balle qui part correspond à un signal dans le cerveau qui provoque le dérapage. Ce signal peut être généré de façon plus ou moins rapide selon la substance ou le comportement auquel la personne s'expose. L'addiction est une pathologie qui s'apprend. Elle n'est pas immédiate. Ce qui peut engendrer une impression de contrôle chez les usagers. Mais contrôle, il n'y a plus, dès lors que la notion du plaisir s'efface, pour laisser place à celle de l'envie et du besoin. Et la frontière est infime.

Quand le plaisir s'estompe

«L'organisme tend naturellement à un équilibre», explique le neurobiologiste. «Lorsqu'un désir est satisfait, il marque une pause. Or, dans l'addiction, peu à peu, cette pause disparaît. L'envie devient permanente.» Le champ de la pensée se rétrécit alors et malgré les conséquences négatives, la personne s'enfonce dans un cercle vicieux sans pouvoir en sortir puisqu'il n'y a plus de satisfaction et seulement l'envie. Dans le cerveau, cela se traduit par une libération accrue de dopamine qui active les zones de l'envie située à l'avant de l'organe. C'est cet effet que recherche l'addict.

Si la prise d'une substance semble plus encline à expliquer cet accroissement de dopamine, pour la cocaïne, on l'estime à 500 fois supérieur à la normale - le fait d'appuyer sur le bouton d'une machine à sous peut également provoquer un phénomène similaire. L'excitation que provoque l'idée de satisfaire l'envie agit sur le corps telle une drogue.

 

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