Une renaissance horlogère

Le groupe chaux-de-fonnier Technotime fabrique désormais son propre spiral, développé en collaboration avec l'Université de Franche-Comté. Et veut concurrencer Nivarox Du coeur, il en fallait assurément pour réussir le pari lancé il y a quatre ans par le groupe horloger chaux-de-fonnier Technotime: posséder son propre spiral, petit ressort vital à la montre mécanique, et devenir ainsi totalement autonome dans la production de mouvements. Et du coeur, les artisans de ce projet - Technotime et l'Université de Franche-Comté (UFC) - en ont fait preuve, puisqu'il ont présenté, hier, le fruit de leurs travaux. Un serpentin minuscule qui, mine de rien, défie le géant de la spécialité, Swatch Group.

26 janv. 2006, 12:00
«Nous espérons qu'un grand groupe nous choisira pour la totalité de ses mouvements»

«Lors de sa création, en 2001, par le rachat de France Ebauches, Technotime ne produisait que des mouvements à quartz, rappelle Marcel Gerber, administrateur de Technotime. Mais il a vite été clair que si nous voulions posséder nos propres mouvements mécaniques et concurrencer ETA, nous ne pouvions pas aller mendier à Nivarox l'organe réglant...»

La situation était la suivante: seul Nivarox (Swatch Group) commercialise le fameux organe réglant de la montre, le couple balancier-spiral. C'est quasi la seule entreprise à en maîtriser la fabrication, hormis Rolex, qui n'en vend pas, et Vaucher Manufacture, qui a lancé en juin à Fleurier sa propre unité de fabrication.

Technotime a donc oeuvré en secret pendant quatre ans. Pourquoi en France? «France Ebauches possédait les Spiraux français, liquidés depuis vingt ans, répond Jean Piranda, directeur de la valorisation à l'UFC. Dans les années 70, cette société fabriquait 40 millions de spiraux par an.»

Mais il fallait retrouver des témoins de cette période faste de l'horlogerie française. Un travail de fourmi auquel s'est attelé Gérard Lallemant, professeur à la retraite, ravi de relever le défi. «Il y a une trentaine d'années, j'avais aidé à la conception des laminoirs, machines utilisées dans la production de spiraux», raconte-t-il avec une verve extraordinaire. J'ai essayé de retrouver des traces de l'activité des Spiraux français, ai contacté des ferrailleurs et suis même allé déranger à Toulon l'ancien directeur de l'entreprise, Jean-Louis Heuga».

La recette de l'ultime coulée

Celui-ci a pu fournir la composition de l'ultime coulée de métal, datant de la fin des années 80. «La recette de cet alliage est conservée jalousement par ceux qui la maîtrisent», note Marcel Gerber. Qui a sillonné le monde à la recherche des laminoirs que les Spiraux français avaient vendu à l'étranger. «En Russie, je suis tombé sur des machines magnifiques, vieilles de 30 ans, en parfait état de marche...»

Restait à passer de la théorie à la pratique: réaliser une nouvelle coulée, de l'ordre de 30 kilos (mais un kilo de métal permet de fabriquer 300.000 spiraux...), et concevoir au sein du Laboratoire de mécanique appliquée de l'UFC un parc de machines flambant neuf, aujourd'hui opérationnel à Valdahon, principal site de production de Technotime.

«Nous sommes en mesure d'équiper de nos spiraux nos propres mouvements, mais l'objectif est de passer au stade industriel, pour être une alternative à Nivarox», affirme Marcel Gerber. Qui ne cache pas son intention de séduire un grand de l'horlogerie: «L'idée est d'inciter un groupe à quitter Swatch Group pour l'ensemble de sa gamme de mouvements».

Un à deux millions investis

Quitte, le cas échéant, à ce que ledit groupe prenne une part, même majoritaire, au capital de Technotime: «A l'heure actuelle, nous sommes toujours à la recherche de capitaux. Nous avons réalisé notre spiral avec un investissement de 1,5 à 2 millions de francs. Soit cinq fois moins que ce qui avait été annoncé par Parmigiani...»

Parmi les clients qui pourraient être intéressés, Marcel Gerber cite Zenith (LVMH) et Maurice Lacroix. Des marques qui, on le sait, soignent leurs mouvements. Quant à Technotime, avec ses 200 collaborateurs, elle n'est pas peu fière de redonner à la Franche-Comté ses lettres de noblesse horlogère. Même si, en fin de compte, c'est pour équiper du Swiss made... /FRK