Salut au sculpteur Perrin

«Tu seras le sculpteur!» lui avait dit L'Eplattenier. Léon Perrin (1886-1978) a «obéi» avec bonheur, devenant un artiste emblématique de La Chaux-de-Fonds Jean-Bernard Vuillème évoque ici le sculpteur Léon Perrin. C?est le troisième d?une série de cinq portraits donnant un éclairage sur quelques figures clés de l?affaire Charles L?Eplattenier et consorts. Consacré à Paul Graber, le premier est paru dans notre édition du 13 décembre 2005, alors que le deuxième (17 janvier 2006) retraçait le parcours de Charles L?Eplattenier après sa démission de l?Ecole d?art en 1914. Auparavant, Jean-Bernard Vuillème avait raconté dans ces colonnes l?aventure de l?Art nouveau à La Chaux-de-Fonds et particulièrement de sa déclinaison régionale, le Style sapin, dans une série de dix articles. Le «procès» a fait l?objet d?une présentation dans notre édition du jeudi 20 octobre 2005 et d?une interview du président du tribunal, l?ancien juge fédéral Raymond Spira, dans celle du 15 novembre 2005. La prochaine audience aura lieu le samedi 25 mars à 9 heures à l?Hôtel de ville de La Chaux-de-Fonds. Ces articles sont disponibles sur www.artnouveau.ch ? lien «infos pratiques»

14 févr. 2006, 12:00

En avril 1914, la Nouvelle section de l'Ecole d'art de La Chaux-de-Fonds se trouve décapitée après les démissions successives de son fondateur Charles L'Eplattenier et de ses trois jeunes professeurs, Charles-Edouard Jeanneret, Georges Aubert et Léon Perrin. Seul ce dernier, déjà enseignant dans l'Ancienne section, reste au service de l'école amputée de l'excroissance artistique que lui avait procurée L'Eplattenier.

Un homme loyal

Aurait-il manqué de solidarité avec ses collègues et amis? Les documents témoignent au contraire de sa loyauté. Il a signé début avril 1914 le manifeste polémique «Un Mouvement d'art à La Chaux-de-Fonds», ce baroud d'honneur de L'Eplattenier et de ses émules. En 1912, il avait par contre refusé de signer une lettre des professeurs de l'Ancienne section demandant au Conseil général une enquête sur la démission du directeur William Aubert qui manifestait ainsi son refus de la séparation de l'école. Au cours d'une séance épique entre la commission de l'Ecole d'art et le corps enseignant, le 22 février 1912, Léon Perrin déclare ne pas avoir paraphé cette missive qui «n'avait d'autre but que de nuire à l'Eplattenier» et dénonce «l'animosité» des professeurs de l'Ancienne section qu'il attribue à la «jalousie». Quand la nouvelle commission de direction de l'école mise en place par les socialistes en 1913 se lance dans une tentative d'unifier les méthodes entre l'Ancienne et la Nouvelle sections, en vue de parvenir à l'unité, Léon Perrin soutient L'Eplattenier. Il parle peu, mais parle net, au point par exemple de soulever des protestations lorsqu'il qualifie de «choucroute» les programmes qui viennent d'être lus en séance.

Un éveilleur

Ce loyal est pourtant le seul rescapé des passes d'armes qui ont secoué l'Ecole d'art il y a près d'un siècle. Léon Perrin a poursuivi sa carrière d'enseignant simultanément au Gymnase de La Chaux-de-Fonds jusqu'en 1952 et à l'Ecole d'art jusqu'en 1957. On retrouve chez ce professeur des traits caractéristiques du pédagogue L'Eplattenier. Perrin quitte volontiers la classe avec ses élèves pour dessiner dans la nature. Et si le grand rêve de faire de La Chaux-de-Fonds un véritable centre d'art ne s'est pas réalisé, il a poursuivi à sa manière l'oeuvre pédagogique de son maître, éveillant lui aussi de nombreuses vocations. Une douzaine d'artistes neuchâtelois et jurassiens au moins ont été marqués par son enseignement. On peut citer notamment les sculpteurs Marcel Mathys, Toto Meylan, Fred Perrin (aucun lien de parenté), Hubert Queloz, André Ramseyer, ou encore les peintres André Evrard, Georges Froidevaux, Claude Loewer, Maurice Robert et André Siron. Si Léon Perrin ne s'est jamais élancé dans la voie de l'abstraction (pour lui, tout s'arrêtait à Rodin, Maillol et Despiau), il est permis de penser que son refus du fini, peu compatible avec le traditionalisme académique, aura poussé ses élèves, une fois devenu artistes, à explorer d'autres chemins.

Léon Perrin était un vrai sculpteur, en lutte avec la matière, un type qui «voyait» avec les mains. Aux interventions orales il préférait le trait, montrer plutôt qu'expliquer lorsqu'un élève peinait à quelque réalisation. Cet homme peu bavard était cependant connu aussi pour ses coups de gueule volontiers réservés, si j'en crois quelques témoignages, aux socialistes. Certains disent qu'il avait gardé une dent contre eux, d'autres qu'il avait enterré ces vieilles histoires. Son neveu Lucien Perrin, qui l'a côtoyé, dépeint un terrien serein, sociable et travailleur très attaché à sa ville. L'image qui reste est celle d'un robuste et d'un généreux au visage parfois soucieux où brille un regard clair sous des sourcils fournis. Ses cheveux ondulent naturellement au-dessus d'un large front et il porte autour du cou un foulard rouge qui le protège des poussières de pierre. C'est lui qui représentait en 1965 la Ville de La Chaux-de-Fonds aux obsèques de Le Corbusier, ce vieux copain devenu célèbre avec lequel il avait voyagé en 1907 en Italie et dans les Balkans. / JBV

Oeuvres données à l?Etat

En 1960, Léon Perrin a fait don d?une centaine de ses ?uvres à l?Etat de Neuchâtel. Elles étaient destinées par convention à être exposées au château de Môtiers. En novembre 1976, deux ans avant la mort de l?artiste, le Musée Léon Perrin fut inauguré dans une aile du château restauré. Les ?uvres du sculpteur y furent exposées de façon permanente jusqu?en 1993. Dès cette date, la Fondation Léon Perrin organisa des expositions temporaires avec des artistes invités ayant eu un contact plus ou moins étroit avec lui. Le château de Môtiers, qui n?est plus exploité depuis 2004, vient d?être racheté à l?Etat de Neuchâtel par l?entreprise horlogère Bovet Fleurier. Les ?uvres de Léon Perrin ont trouvé refuge dans un ancien bâtiment du Centre professionnel du Val-de-Travers, à Couvet, où elles sont conservées dans de bonnes conditions et prêtées aux institutions qui souhaitent les exposer.

Aujourd?hui tombée dans l?oubli, l??uvre de Léon Perrin est formée de sculptures (?uvres monumentales, bustes et figures), de nus, de portraits et de paysages. Il en existe de multiples témoins à La Chaux-de-Fonds, notamment le beau Monument à Léopold-Robert, au début de l?avenue, ou la fontaine située derrière l?ancienne Chambre suisse de l?horlogerie. Léon Perrin a aussi décoré l?ancien crématoire et de nombreuses façades. / jbv

L'Art nouveau sur les couvercles

«C'est typiquement un sujet à opercule», dit Anouk Hellmann, du bureau Art nouveau. La Chaux-de-Fonds sera à l'honneur dès le 1er mars. Le producteur laitier Cremo lance une collection Art nouveau d'opercules de crème à café. Le bureau Art nouveau en a fait la proposition à la société, qui a accepté.

Une soixantaine de motifs divers, photographiés par Danièle Karrer pour le Service d'urbanisme, ont été envoyés à l'entreprise fribourgeoise. Autant dire qu'elle avait le choix. D'habitude, une dizaine de photos sont sélectionnées. Placées devant un choix cornélien, Cremo en a gardé 20. Vitraux, décors de cages d'escalier ou encore gravures et boîtes de montre orneront les petits gobelets de crème. Cette série fera certainement le bonheur des operculophiles, les collectionneurs. Ils serviront aussi la cause de l'année Art nouveau, lui donnant ainsi une place de choix sur les tables de Suisse. Ce sont en effet plusieurs centaines de milliers de litres de crème qui porteront haut les couleurs du Style sapin.

Quant à la période Art nouveau, avant l'ouverture de la grande exposition du Musée des beaux-arts, elle sera mise en évidence au Musée international d'horlogerie. L'exposition «L'Horlogerie à la Belle Epoque» ouvrira ses portes ce jeudi. Elle sera visible jusqu'au dimanche 22 octobre. / dad