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Deux vies, deux ans

Le chauffeur de la voiture qui avait percuté un arbre en juin dernier à l'entrée de Fleurier, faisant deux morts et trois blessés, a écopé de deux ans de prison uel que soit le jugement, cela ne rendra jamais un fils, un frère ou un ami. De même qu'un jugement n'est pas une vengeance. Nous devons sanctionner le prévenu pour la faute qu'il a commise. En faire un exemple n'est pas le but premier.» Le juge Margot s'est employé, à l'heure du verdict, a décanter autant qu'il le pouvait la vive émotion qui a plané tout au long de l'audience d'hier.

09 mai 2006, 12:00

Le Tribunal correctionnel de Môtiers jugeait Sergio (prénom fictif) pour son rôle dans le terrible accident de la route qui avait coûté la vie à deux jeunes de 18 et 21 ans, et fait trois blessés (dont Sergio, qui conduisait la voiture) le 16 juin 2005 à l'entrée de Fleurier. Les avocats des victimes demandaient que soit retenu l'homicide intentionnel, mais tel ne fut pas le cas. Le chauffard a écopé de 24 mois de prison ferme, devra payer 13.315 francs de frais de cause et 1850 francs d'indemnités de dépens.

Il y avait beaucoup de monde dans la salle du tribunal et un dispositif de sécurité spécial avait été mis en place. Au milieu des travées, une jeune fille tenait sur ses genoux le portrait d'une victime décédée. Devant elle, un rescapé, à qui on a dû enlever la clavicule, n'a pratiquement pas quitté le prévenu du regard. «Je ne suis plus du tout le même, murmure-t-il péniblement. A l'école, j'ai de la peine à apprendre. Ce que j'ai vécu, c'est...» Les yeux remplis de larmes, il ne finira pas sa phrase.

Que s'est-il réellement passé cette nuit-là? En fin de journée, ce 15 juin, le prévenu et quelques amis se rendent à Buttes. Sur le terrain de football, l'ambiance est joyeuse. Vers minuit, les jeunes gens remontent dans l'Opel Calibra inscrite au nom de la soeur de Sergio. Entre Buttes et Fleurier, la vitesse monte rapidement, mais on ne saura jamais jusqu'à combien. Le deuxième rescapé, absent hier car devant subir une nouvelle intervention au Chuv, a déclaré à l'instruction avoir entendu Sergio dire: «Putain, 190!» Le tribunal s'en est tenu à l'expertise, qui concluait qu'au moment où la voiture a commencé à déraper, sa vitesse était d'au moins 121 km/heure.

Une témérité effroyable, selon les quatre avocats de l'accusation, qui tous ont insisté sur le fait que le prévenu ne pouvait être que conscient du risque qu'il prenait et qu'il faisait courir, mais s'en est malgré tout accommodé. Cela équivaut, en termes juridiques et en l'espèce, à des homicides intentionnels, à des meurtres.

Le ministère public n'est pas allé aussi loin, ne préférant retenir que l'homicide par négligence. Il a néanmoins demandé deux ans et demi d'enfermement, fustigeant le chauffard pour qui les routes sont des terrains de sport.

RoadCross, Fondation pour les victimes de la route, s'est insurgée dans un communiqué contre cette condamnation «trop clémente». / FAE

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