Entre Marseille et Aix-en-Provence, un passé trouble refait surface

Le Marseille politiquement rouge a disparu, la gaieté de «Marius et Jeannette» aussi. Guédiguian signe un polar. Le non-dit y est aussi important que le dit. L'action conduit à la tragédie à travers la mort, la vengeance, la jeunesse perdue, l'amour impossible. Une grande maîtrise! Un film noir splendide! Muriel (Ariane Ascaride) dirige une boutique de luxe, le «Lady Jane», à Aix-en-Provence et couve son fils Martin. François (Jean-Pierre Darroussin) répare des bateaux en bord de mer et s'éloigne de sa femme qui en souffre. René (Gérard Meylan) dirige un bar louche et se comporte en proxénète avec sa jolie jeune amie. Ensemble, il y a quinze ans, ils jouèrent parfois aux Pieds nickelés distribuant aux femmes et filles de l'Estaque des fourrures volées. Mais l'un des trois est responsable du meurtre d'un bijoutier. Ils savent lequel; pas le spectateur!

11 avr. 2008, 12:00

Martin disparaît. Muriel s'inquiète. Le ravisseur fixe la rançon à deux cent mille euros. Muriel accepte et reprend alors contact avec ses deux anciens complices qui l'aident à trouver l'argent qui lui manque. Le portable se met à jouer un rôle dramatique plausible. Mais pourquoi la remise de la rançon dans la gare TGV d'Aix (splendide architecture dramatiquement bien utilisée) rate-t-elle?

Le polar démarre bien. Des questions se posent. Certaines réponses manquent. Le non-dit vient autant des personnages que du scénariste. Le passé, par bribes, refait surface. Il est trouble. Les armes longtemps cachées vont à nouveau servir. Martin est tué. La rançon, devenue inutile, permet à François de faire des dépenses somptueuses.

Qui a tué Martin? Pas de police pour enquêter! Le trio s'organise: il ne faut pas que son passé soit connu. Le coupable est découvert. Saura-t-on le pourquoi de son geste? Guédiguian continue de conduire son polar avec efficacité, mais la tragédie s'est installée. Les personnages s'affrontent. L'amour d'hier peut-il renaître? La mort a fait son ?uvre. La vengeance est devenue raison de survivre et mobile pour tuer encore. Mais «celui qui cherche à se venger est comme la mouche qui se cogne à la fenêtre sans remarques que le porte est ouverte» (texte arménien cité à la fin du film).

Marseille et Aix-en-Provence sont bien présents. Mais le film aurait pu se dérouler n'importe où. Guédiguian conduit avec efficacité son récit policier. Il l'enveloppe peu à peu dans une tragédie presque antique aux sentiments violents exprimés par trois personnages aux personnalités ambiguës. Il a tenu la route du cinéma de genre, avec son environnement du Midi et ses interprètes habituels, excellents comme de coutume. Mais son film noir broie du noir! / FYL

Neuchâtel, Rex; 1h42