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Labeurs et quartiers d'été

Au XIXe siècle, les familles de la Béroche vivaient, le temps des fenaisons, sur les hauteurs du Creux-du-Van. Peu de loges sont encore conservées Elle monte, elle monte, la route qui conduit de la Béroche vers les hauteurs du Creux-du-Van. Elle est si raide qu'il est facile de comprendre pourquoi, à la fin du XIXe siècle, les paysans de Saint-Aubin, de Gorgier ou de Montalchez jouaient les oiseaux migrateurs au plus fort de l'été, le temps des fenaisons. Ils possédaient, à mi-hauteur, des prés de montagne et des petits chalets, baptisés loges, simples abris composés de quatre murs et d'un toit. Ils y vivaient avec leur famille, durant deux ou trois semaines, et ne redescendaient au village qu'une fois la fauche terminée.

14 août 2006, 12:00
«Le soir, on regagne les chalets, chantant les vieilles romances de la Béroche»

«Il reste très peu de loges conservées dans leur état d'origine», explique Daniel Glauser, archéologue et ethnologue aux Monuments et sites, qui nous guide vers une masure au toit effondré, sur les hauts de Montalchez. «Il n'a pas passé l'hiver, c'est dommage», philosophe le propriétaire du chalet voisin. Du coup, de crainte de prendre un lot de tavillons (des petits bardeaux, qui recouvraient le toit) sur la tête, on n'ose pas trop entrer. «Mais regardez, là, au fond, il y a encore la vaisselle dans l'armoire», indique Daniel Glauser. Il les connaît, ces loges, puisqu'il a écrit un livre consacré aux chalets du Jura vaudois et collabore à l'ouvrage en préparation à Neuchâtel. «C'était une période très joyeuse, même si le travail était éprouvant. Plusieurs familles se partageaient le même bâtiment. On raconte que la fenaison était une période propice aux rencontres et aux fiançailles».

Ces loges, aussi menues que des maisons de poupées, ne servaient pas à garder le foin: celui-ci était descendu tous les jours au village. Un long trajet: «Quatre heures de montée, quatre heures de descente!» On comprend donc que les faucheurs qui, par dizaines, se levaient à 4 heures du matin pour commencer leur labeur estival préféraient dormir sur place.

Le progrès s'en mêle

Lorsque les chemins d'accès et les moyens de transports se modernisèrent, les chalets perdirent leur raison d'être: les paysans pouvaient soudain rentrer chez eux tous les soirs.

On dansait sur les hauteurs

Aujourd'hui, les loges qui n'ont pas été détruites ont été transformées en résidences secondaires. Coquettes, avec leurs jardinets fleuris, elles n'ont plus rien à voir avec les constructions sommaires d'antan, mais continuent d'amener sur les hauteurs, l'été venant, les villageois du Bas un brin sédentaires.

Perpétuant, à leur manière, cette tradition plus que centenaire, que racontait joliment Eugène Colomb dans «L'Echo des Alpes» en 1891: «De là, on s'en va danser au Soliat ou à la Grand-Vy, et le soir, à la lueur du couchant, on regagne les chalets, bras dessus, bras dessous, à travers les vastes prairies, chantant les vieilles romances de la Béroche». /FRK

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