Il saute du symbole aux critiques

Ils baladent leurs grosses cornes du Dos-d'Ane aux Rochers-des-Miroirs. Les quatre bouquetins valaisans lâchés l'an dernier au Creux-du-Van se sont «acclimatés à leur nouveau lieu de vie» et ont «l'air en bonne santé», évalue le Service cantonal de la faune.

18 janv. 2006, 12:00

Cet animal grimpe à la une de l'actualité. Pro Natura a désigné le bouquetin comme animal de l'année 2006, juste 100 ans après sa réintroduction en Suisse. Exterminée au 19e siècle, l'espèce lui paraît être redevenue «un symbole des Alpes», avec 14.000 spécimens.

En revanche, la plupart des biologistes estiment que l'habitat jurassien n'est pas favorable à cet escaladeur des cimes. D'ailleurs, après avoir culminé à une trentaine de bêtes en 1994, la colonie importée entre 1965 et 1970 dans la réserve du Creux-du-Van a chuté à moins de 15 spécimens (dont un tiers de femelles) en 2004. Vu les risques de consanguinité, l'alternative était simple: amener du sang neuf ou laisser ce troupeau s'éteindre. Réticent d'un point de vue biologique, l'Office fédéral de l'environnement avait finalement autorisé de nouveaux lâchers, au nom de «l'attachement» des habitants et autorités neuchâtelois à cet animal, notamment pour «des raisons touristiques».

Trois femelles et deux mâles ont été transférés en avril 2005 des Alpes valaisannes au Creux-du-Van. La femelle de 10 ans a rapidement péri. Mais les quatre autres «se portent bien», rapporte l'inspecteur de la faune Arthur Fiechter, et ont progressivement exploré leur territoire.

Plus méfiants

Selon les observations des gardes-faune, ces «Valaisans» restent groupés et sont «de nature plus méfiante» que les spécimens acclimatés de longue date au site, auxquels ils se mêlent à l'occasion.

«Ils sont peureux, difficiles à approcher, confirme le photographe naturaliste Michel Weissbrodt, qui suit les bouquetins du Creux-du-Van depuis 40 ans. Lors du rut, en décembre, j'ai vu l'un des anciens grands mâles guider les derniers arrivés.»

Les deux nouvelles femelles n'ont pas eu de cabri l'été dernier. Mais le Service de la faune espère au moins une naissance cette année. Une perspective qui n'attendrit pas tout le monde.

Pas un jardin zoologique

«Ces bouquetins sont très beaux, mais nous n'étions pas du tout favorables à ces lâchers et avons demandé que ce soit les derniers», réagit la présidente de la section neuchâteloise de Pro Natura. Claude Meylan affirme que l'herbivore alpin n'est pas à sa place dans cette réserve naturelle et qu'il y détruit la flore: «Il ne faut pas que l'intérêt touristique l'emporte sur l'intérêt zoologique et botanique.»

Après avoir déjà hésité l'an dernier, Arthur Fiechter ne prévoit pas de nouveaux lâchers à court ou moyen terme. Il faut d'abord «voir ce qui se passe». Quant aux quatre bouquetins que le Jura avait introduit - sans autorisation fédérale et contre l'avis de Pro Natura - en 1998 aux rochers de Sommêtre, dans les Franches-Montagnes, ils ont péri ou disparu. / AXB