Antoine Grandjean s'en va après «huit ans de bonheur» à l'exécutif

A Neuchâtel, les élections communales du 27 avril peuvent au moins donner lieu à un pronostic sûr: le libéral Antoine Grandjean ne fera pas partie du futur exécutif. Il s'explique sur ce choix et sur ceux qui ont marqué ses deux législatures à l'Hôtel communal.

16 avr. 2008, 12:00

Antoine Grandjean, vous avez pass? huit ans au Conseil communal de Neuch?tel. Pourquoi avez-vous renonc? ? solliciter un troisi?me mandat?

C'est d'abord une question d'?ge: je viens d'avoir 50 ans, et il est plus facile de me relancer dans autre chose maintenant que dans quatre ans. Ensuite, j'ai toujours v?cu professionnellement par p?riodes de sept ? dix ans. C'est un bon rythme pour r?aliser quelque chose avant de laisser la place aux autres. Enfin, les conditions politiques sont devenues plus difficiles. Avant 2005, les trois villes du canton ?taient ? majorit? de gauche et l'Etat ? majorit? de droite. Il y avait un certain ?quilibre. Depuis lors, avec le changement de majorit? au niveau cantonal, travailler comme minoritaire est devenu plus dur. Et puis, j'ai entendu dire qu'on allait me regretter; c'est donc le bon moment pour partir.

S'il vous fallait choisir, sur ces huit ans, trois sources de satisfaction majeures, quelles seraient-elles?

Je suis tr?s heureux d'avoir fait progresser la collaboration intercommunale: le SIS assure le service d'ambulances dans quarante communes, nous avons mis sur pied le Service de d?fense incendie du Littoral-centre; en mati?re de gestion des d?chets, la Ville participe ? la nouvelle soci?t? Vadec, et nous avons cr?? Viteos avec les Services industriels des Montagnes.

On peut ?galement citer le d?but de la r?alisation d'un programme de production d'?nergies renouvelables. Sur ce plan, Neuch?tel est all? plus vite que bien des collectivit?s publiques suisses. Enfin, je citerais quelques constructions, notamment la nouvelle caserne du SIS. Pour les professionnels du SIS, elle ne repr?sente pas seulement un outil de travail, mais aussi un lieu de vie.

Vous avez aussi connu des d?convenues...

Je n'arr?terai pas de regretter l'adoption de la loi cantonale sur la police. La police cantonale et les polices de proximit? ont des missions diff?rentes et des sp?cificit?s fortes et il aurait fallu, pour en tenir compte, davantage de souplesse.

Sur le plan des dossiers, je ne peux pas me plaindre: ? part la troisi?me ?tape du plan de stationnement, renvoy?e en commission, le Conseil g?n?ral a toujours accept? les projets que j'ai d?fendus.

Hors du cadre politique, la condamnation d'un de mes collaborateurs pour homicide par n?gligence ? la suite de la chute d'un cycliste dans une fouille de chantier m'a vraiment fait mal au c?ur. Je rappelle qu'un ou des vandales s'en ?taient pris ? la protection de cette fouille et que la victime n'?tait pas vraiment en ?tat de conduire. Condamner dans ces conditions le policier charg? de contr?ler la s?curit? des chantiers me para?t ?norme.

Revenons ? la police. Celle de La Chaux-de-Fonds s'est int?gr?e ? la police cantonale, et la Ville y a fait des ?conomies. Ce qui est bon pour La Chaux-de-Fonds ne devrait-il pas l'?tre pour Neuch?tel?

On ne sait pas, aujourd'hui, ce que La Chaux-de-Fonds a ?conomis?, ni ce que ?a co?te en plus ? la police cantonale. Du fait, par exemple, de ses rapports avec la justice, la police cantonale travaille selon des standards diff?rents d'une police de proximit?. Et elle n'est en tout cas pas moins ch?re.

Par ailleurs, il est juste que, comme autorit? politique, un Conseil communal dispose lui-m?me des outils n?cessaires ? l'application de sa politique plut?t que de devoir les qu?mander ailleurs. Evidemment, tout d?pend de ce que l'on veut faire des communes. Enfin... Maintenant, il faut voir comment appliquer cette mauvaise loi et en tirer le meilleur dans un esprit constructif, puisque le Conseil d'Etat a au moins accept? le principe de la d?l?gation de comp?tence.

On attend toujours la troisi?me ?tape du plan de stationnement. Est-ce vos Jeunes-Rives ? vous?

Surtout pas! Le Conseil communal a d?pos? un projet en 2006 d?j?, et une commission traite ce dossier depuis deux ans, ce qui montre bien la difficult? de faire cohabiter des avis fondamentalement divergents.

Mais est-ce vraiment lib?ral de traquer l'automobiliste comme semble vouloir le faire le Conseil communal?

Je suis profond?ment lib?ral et je n'ai jamais eu l'intention de traquer les automobilistes. En cette mati?re comme ailleurs, il faut d'abord ?tre ?quitable. Par exemple, une concurrence loyale entre commer?ants s'accommode mal du fait que les clients des uns devraient payer pour faire stationner leur voiture alors que ceux des autres n'auraient pas ? le faire. Aujourd'hui, on admet qu'il faut faire payer partout, comme le montre le projet du nouveau Marin-Centre.

Par ailleurs, comme il n'y a de toute fa?on pas assez de places ? Neuch?tel pour satisfaire toute la demande, il faut hi?rarchiser les utilisateurs. A nos yeux, les habitants sont prioritaires, puis les clients. Pour les autres, on a fait des efforts assez importants en park and ride, en tout cas ? l'ouest de la ville. D'ailleurs, le potentiel en la mati?re n'est pas compl?tement utilis?.

En fait, il faut comprendre que Neuch?tel joue un r?le de centre d'agglom?ration, ce qui n'est pas le cas de La Chaux-de-Fonds, o? le parcage est plus facile. Ici, les places existent, mais elles ne sont simplement pas gratuites.

Sur un plan plus personnel, qu'est-ce que ces huit ans au Conseil communal vous ont apport??

D'abord, les rencontres. Il y a peu d'activit?s o? vous rencontrez autant de gens diff?rents. Par ailleurs, la politique met un peu l'homme ? nu: elle donne un recul exceptionnel sur les grands traits de la soci?t?. Globalement, c'?tait huit ans de bonheur. Et je n'ai pas encore tout ? fait int?gr? le fait que le 21 mai, apr?s la derni?re s?ance de l'actuel Conseil communal, ce mandat aura pris fin. / JMP-LBY

Bioexpress
Naissance Le 3 avril 1958, ? Neuch?tel Etudes Maturit? scientifique et Lettres ? l?Universit? de Neuch?tel 1986-1994 Secr?taire de l?Association R?gion Val-de-Travers 1989-1997, puis 2001-2005 D?put? au Grand Conseil pour le district du Val-de-Travers, puis pour celui de Neuch?tel 1994-2000 Carri?re au sein de Peugeot (deux-roues), directeur pour la Suisse 1996-2000, puis 2000-2006 Conseiller communal ? Couvet, puis ? Neuch?tel