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Comme un désir de sublimation

ZOOM. Aucun titre n'eût put mieux convenir à la nouvelle série de tableaux de l'artiste neuchâteloise Helga Schuhr exposée en ce moment à l'Espace PR36. Son expression minimaliste et ultime du mouvement Support-Surface projette le sujet hors de son cadre commun et vient accaparer l'attention du spectateur, pour la rediriger presque aussitôt vers une réflexion ou des sillons divergents. Un clin d'oeil affichiste contemporain, au travers d'images d'un pop art revisité, qui tente de rendre visible l'invisible

14 sept. 2006, 12:00
Un langage warholien

Pour cette artiste d'origine allemande, établie à Neuchâtel depuis 1965, la réalité semble devenir un motif abstrait étonnant. Helga Schuhr présente des fragments de réalité - objets anodins, voire banals - surdimensionnés, à l'image de «Humboldt», 2006, «Produit de luxe», 2006, «Zoom-zoom», 2005, qui apparaissent ainsi isolés sur de grands formats comme sous une nouvelle identité. Ces effets de travelling transforment le fragment en motif principal du tableau, répété parfois sous forme de variations ou de séries au langage warholien.

Lumière citadine

Présentés sous l'intitulé «Objet culte», 2004, ces gobelets rosâtres en plastique immobilisés dans un sol grillagé, à échelle humaine, semblent prôner un désir de sublimation du trivial ou d'abolition des ordres hiérarchiques.

Or, à qui ce gobelet a-t-il appartenu? A-t-il été oublié? Perdu? Par les interrogations que ces objets de consommation suscitent, l'être humain est encore une fois au centre de la réflexion de Helga Schuhr, que ce soit de manière implicite, soit, à l'instar de «cellules en voyages», 2006, au travers d'une intrusion au sein du corps humain, lui-même Et que dire de ces silhouettes anonymes, de ces regards figés, encastrés dans le béton, et de ces bouches muettes?

Les mots sont pourtant là, présents et silencieux, discernables sous les couches d'acrylique et de collages de photographies rehaussées, aux articulations à peine visibles. Tout comme cette lumière citadine, sombre et cendrée, faite de tôle et de béton, et ces traces d'usures - grattage délicat et travail à la spatule -, qui transparaissent de ces toiles.

Esthétiquement, il ne semble pas être question ici de traiter du pessimisme ou d'une quelconque autre noirceur de l'âme, mais des effluves provocateurs et colorés d'un art plastique résolument contemporain laissant apparaître en filigrane l'identité fascinante des détails et des êtres de notre univers citadin grisé. / SEC

Neuchâtel, Espace PR36, jusqu?au 21 octobre

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