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Avec Nerfertiti et les princes des poètes égyptiens à Genève

Dès mercredi, l'égyptomania déferlera sur le Salon du livre de Genève, avec ses munificences, ses mystères et ses paradoxes. Quelques écrivains et égyptologues évoquent ici ce phénomène de mode qui dure depuis 200 ans. La fascination pour l'Egypte qui a embrasé l'Europe avec l'expédition de Napoléon en 1798 perdure, intacte. Après la reconstitution du tombeau de Toutankhamon à Zurich. Après «l'Offrande aux Dieux d'Egypte» célébrée à Martigny. Après le bastringue hollywoodien de Londres... la grand-messe du livre et de la presse de Genève sacrifie elle aussi au rituel. Palexpo battra pavillon égyptien du 30 avril au 4 mai! Une gageure! Tant la mission de mettre en perspective cinq millénaires d'arts et de lettres, par-delà les civilisations et les réalités socio-économiques d'aujourd'hui, relève d'un défi pharaonique, forcément pharaonique.

25 avr. 2008, 12:00

«Il est évident que l'Egypte a une forte présence en Occident. Mais laquelle?» s'interrogeait récemment l'écrivain Gamal Ghitani dans les colonnes d'un hebdomadaire égyptien francophone. Pour l'auteur du «Livre des illuminations», la réponse est claire: dès qu'il s'agit de l'Egypte moderne, le regard porté par l'Occident se biaise de poncifs et d'a priori.

D'où la mission essentielle du Salon du livre de Genève, martèle l'une des organisatrices, Hanan Mounib, écrivain et maître de conférences à la Sorbonne: «C'est vrai qu'il y a d'un côté l'égyptomanie et, de l'autre, l'islamophobie. Mais je ne parlerais pas d'un fossé entre la culture antique et moderne. Et l'un de nos grands combats actuels est justement la valorisation du patrimoine arabe.»

L'archélogue genevois, Michel Valloggia, ne dit pas autre chose: «L'Egypte médiévale et musulmane est aussi extrêmement brillante. Mais la fascination exercée par ces civilisations est moindre. Il faut dire que l'Egypte a pris conscience tardivement de la nécessité de sauvegarder son patrimoine ottoman et arabe et cela grâce à l'Unesco. Du temps où j'habitais Le Caire, dans ma jeunesse, j'ai vu d'anciens palais ottomans servir d'étables au bétail! Cette situation, heureusement, a bien évolué.»

Fait révélateur, le Musée du Caire consacré aux pharaons ne désemplit pas, alors que celui dédié à l'art musulman, tout aussi remarquable pourtant, est souvent désert. Un décalage qui se reflète dans le rayonnement de la Bibliothèque d'Alexandrie et ses écrits millénaires, alors que la production littéraire actuelle reste confinée aux frontières du pays. A quelques exceptions près, bien sûr: tels Naguib Mahfouz, seul écrivain du monde arabe à avoir obtenu le Nobel de littérature en 1988; ou encore Andrée Chédid, Albert Cossery et d'autres auteurs francophones. Et, plus récemment, Alaa Al-Aswani, dont «l'Immeuble Yacoubian» (Actes Sud, 2006) est devenu en quelques mois un phénomène de librairie en France.

En consacrant à l'Egypte antique et moderne tout un pavilon, ainsi qu'une somptueuse exposition, le Salon de Genève joue pleinement son rôle de plate-forme d'échanges et de dialogue interculturels. De multiples conférences et manifestations permettront de mieux comprendre les grands défis auxquels est confronté le monde arabe actuel. Mais tous les débats d'exégètes ne suffiront sans doute jamais à expliquer la passion que suscite la civilisation égyptienne à travers les siècles. Et c'est là, peut-être, que réside la magie universelle de Toutankhamon, le roi enfant enseveli avec ses secrets il y a 3000 ans. / CFA

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