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Alliage réussi de la musique et du verbe

06 nov. 2007, 12:00

Le «Peer Gynt» d'Ibsen touche le spectateur en plein c?ur. Sa force, à l'instar d'un Shakespeare ou d'un Goethe, est de mêler indissociablement scènes populaires burlesques et sommets métaphysiques. En faisant appel au vaste imaginaire collectif et légendaire de sa patrie, qui lui donne une couleur unique. Couleur qui nous atteint encore plus directement à travers l'alliée incomparable qu'il s'est choisie, la musique de Grieg. Les deux artistes communient dans cette ?uvre à un degré rarement atteint, tous deux nourris du folklore norvégien traditionnel et d'une modernité européenne cosmopolite. On a pu le vérifier dimanche au temple du Bas, à Neuchâtel.

Peer passe sa vie à mentir, aux autres et à lui-même. Mais qui est ce lui-même? La question qui hante toute la pièce devient brûlante quand à la fin de sa vie le fondeur veut refondre son âme dans l'indifférenciation parce qu'elle n'a pas joué son rôle, ni dans le bien, ni dans le mal. Alors l'amour que lui porte Solveig, abandonnée par lui dans leur jeunesse, lui offre une porte de salut, matrice de son être véritable.

C'est une immense chance que nous a donnée le festival Grieg d'approcher ce chef-d'?uvre paradoxalement quasi jamais donné. La pièce est réputée injouable. Grieg avait réalisé une suite pour orchestre de sa musique scénique dont le succès mondial éclipsera définitivement celle-ci. Et pourtant, c'est bien dans l'alliage du verbe et de la musique que cette dernière prend sa vraie dimension, au-delà des impressions pittoresques géniales qui viennent à l'esprit au nom de cette ?uvre. Dès lors, la réduction au piano à quatre mains de cette orchestration si connue ne défigure pas le spectacle. D'autant que les pianistes qui se succèdent à la barre, tous élèves de Gilles Landini, rendent avec un bonheur certain le coloris orchestral, dans un jeu vif, net, perlé. Plusieurs scènes de foule font appel à la voix, ici le ch?ur de l'Université de Neuchâtel qui chante avec une énergie tonique et un parfait ensemble dans cette langue norvégienne si belle et difficile, dirigé de main de maître par Sylvain Muster. Les rôles chantés sont confiés à plusieurs étudiants remarquables, parmi lesquels se détache l'intense émotion de Corinne Page dans le rôle de Solveig. Mais c'est Eörs Kisfaludy, narrateur dramatique, halluciné, omniprésent, assumant tous les rôles, toutes les énergies, tous les timbres de voix, jusqu'à la limite des possibilités humaines, qui porte au plus haut le verbe d'Ibsen.

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