Point de vue d’Antoine de Montmollin: «Ecologie et inégalités»

«Ce sont les plus pauvres qui supportent le plus les effets de la crise climatique», constate Antoine de Montmollin, député socialiste au Grand Conseil et économiste.

06 déc. 2019, 11:55
En France, la hausse des taxes sur les carburants a déclenché une mobilisation sans précédent avec l’émergence des gilets jaunes.

Thomas Piketty, économiste de renom et spécialiste de l’étude des inégalités, était l’invité de la RTS ce dimanche. Outre quelques remarques (bienvenues) sur la nécessité pour la Suisse de partager ses richesses, il a traité de la question environnementale en affirmant qu’«il n’y a pas de solution aux problèmes écologiques sans davantage d’égalité» et en ajoutant «ça n’ira pas si seules les classes populaires et les classes moyennes doivent accepter davantage de sobriété et faire des sacrifices». Des phrases qui donnent à réfléchir dans le contexte actuel…

La vague d’idées vertes semble tout emporter sur son passage, et c’est tant mieux. Je suis également convaincu que l’urgence climatique est absolue. Cependant et comme Thomas Piketty, j’ai une autre conviction: l’écologie ne peut se passer de considérations sociales.

Or, certaines propositions visant à encourager un comportement plus durable des citoyens tendent à augmenter les inégalités. L’exemple le plus frappant est certainement celui des gilets jaunes en France: la hausse des taxes sur les carburants a déclenché une mobilisation sans précédent en raison de son caractère antisocial. Cette tension est liée à la nature même des taxes, qui ne tiennent pas compte du revenu.

L’écologie ne peut se passer de considérations sociales.

Ce mercredi, le Grand Conseil neuchâtelois a demandé que la possibilité d’introduire une taxe sur les places de parc soit étudiée. Si l’idée est pertinente pour favoriser le transfert modal, l’acceptabilité du projet final dépendra pour moi du public touché et de la manière dont l’argent ainsi récolté pourra être redistribué à ceux qui en ont le plus besoin.

Ce sont les plus pauvres qui supportent le plus les effets de la crise climatique. Et ce sont aussi ceux qui y contribuent le moins. Les solutions pour l’avenir doivent être collectives et solidaires, plutôt qu’accablantes et culpabilisantes pour certaines catégories de la population.