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L?excellence du trash théâtre

Werner Schwab, dramaturge autrichien des plus radicaux, a commencé sa carrière artistique en étalant du ketchup et de la moutarde sur les murs d'une galerie. On a cette même impression d'étalage, de matraquage par la matière devenue de la langue. Et pas n'importe quelle langue, un amas de mots spectaculaires dans les électrochocs qu'ils créent en jubilant et en se putréfiant. La traduction de Mike Sens et Michael Bugdahn rend admirablement cette bouillie de néologismes et d'inventions pour dire la famille du théâtre et son horreur.

10 juin 2006, 12:00

On ressort assommé et séduit par la première d'«Enfin mort, enfin plus de souffle» proposé par le Théâtre des gens, à la Maison du concert, à Neuchâtel. Entre mille horizons désabusés avant l'anéantissement final, Schwab suggère de faire simplement du théâtre et de s'envoyer en l'air avec l'époque. Le metteur en scène Patrice de Montmollin ne cherche heureusement pas à faire du Schwab, à le singer. Dans l'astucieuse et esthétique scénographie de Xavier Hool , et le très grand espace de jeu de l'ancien théâtre, il brouille les pistes, multiplie les angles.

Originalité de la distribution

Il respecte la férocité de l'Autrichien tout en proposant une fête, une fantasmagorie, un dépassement de soi. Mais il impose aussi aux douze comédiens une rigueur admirable dans la façon de donner le texte, dans son rythme, ses vertiges. Prendre ses aises, se libérer mais ne pas quitter la langue, ne pas trop divertir non plus, pour ne pas nous lasser du message si nécessaire, si actuel.

Difficile de nommer des comédiens parce que le projet tient aussi sur l'originalité de la distribution, sur cet éclatement des corps, des dictions et des voix incarnés par chacun et sur la surprise provoquée par une apparition. Parlons tout de même de Pascal Berney, impérial en metteur en scène déglingué, irrésistible en loque splendide et farfelue. Les deux couples incarnent très bien des familles de théâtre opposées: Nathalie Sandoz et Yann Perrin sont élégants et désuets en comédiens de la scène nationale, Séverine Favre et Yannick Merlin fougueux et ardents en jeunes indépendants. Dans les rôles les plus extrêmes et les plus caricaturés, Maya Robert-Nicoud, José Ponce et Jean-Luc Farquet offrent des interprétations drôles et émouvantes. De l'expression tragique ou «trashique» à aimer sans réserve.

La troupe provoque aussi le spectateur en interrogeant ses limites, sa capacité à transgresser, à trouver sa place dans cette chronique d'une mort annoncée d'un théâtre agonisant et toujours vivant. / ACA

Neuchâtel, Maison du concert, les 10, 15, 16, 17, 22, 23 et 24 juin, à 20h30. Les 11, 18 et 25, à 17 heures

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