Les premiers sauveteurs suisses sont déjà partis

La Suisse a dépêché une équipe d'intervention d'urgence en Haïti. Ce premier détachement doit évaluer les besoins sur place. Berne a par contre renoncé à déployer la Chaîne de sauvetage.
14 janv. 2010, 11:13

L'équipe d'intervention d'urgence - une infirmière, trois pilotes et sept membres du Corps suisse d'aide humanitaire - est partie de Zurich dans la matinée, a indiqué à l'ATS Stéphanie Spiess, porte-parole de la Rega qui assurait le vol.

Sur la RSR, Toni Frisch, directeur-adjoint de la Direction du développement et de la coopération (DDC), a indiqué que ce détachement devait atterrir en République dominicaine avant de rejoindre Haïti.

Ce premier détachement est chargé d'évaluer les besoins. Un deuxième groupe, formé de spécialistes médicaux, en approvisionnement en eau et en hébergement, doit partir jeudi matin, a indiqué pour sa part Micheline Calmy-Rey.

La Suisse ne va par contre pas envoyer la Chaîne de sauvetage en Haïti. Les communications difficiles sur place ainsi que les infrastructures détruites ne permettent pas de déployer entre 60 et 100 personnes, a expliqué M. Frisch.

«C'est le chaos sur place», a-t-il relevé. Les communications sont très difficiles, les routes sont coupées et l'accès à l'aéroport de Port-au-Prince est restreint, a relevé le numéro deux de la DDC.

Devant la presse, Mme Calmy-Rey a souligné que la DDC était sur pied de guerre depuis la nuit de mardi à hier. Des contacts ont été pris avec l'ambassade suisse et le bureau de la DDC sur place.

Aucune information n'est encore disponible sur d'éventuelles victimes parmi les quelque 150 Suisses résidant à Haïti, a précisé la conseillère fédérale.

La Chaîne du bonheur et ses partenaires ont mis 2,5 millions de francs à disposition pour l'aide immédiate à Haïti. La Croix-Rouge suisse, Terre des hommes-aide à l'enfance, l'Eper, l'Armée du salut, Enfants du monde, Médecins du monde-Suisse, Caritas Suisse, Action de Carême, Nouvelle Planète, Iamaneh Suisse et Terre des hommes Suisse «sont actives depuis des années sur place et peuvent intervenir rapidement avec leurs partenaires locaux», a indiqué la Chaîne. Cette dernière a par ailleurs ouvert un compte pour les sinistrés de Haïti.

Le numéro de compte de la Chaîne du Bonheur est le suivant: 10-15000-6 (mention Haïti)

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«Une mission de grande envergure»

La gravité de la situation en Haïti a conduit Médecins du monde (MdM) Suisse et France à mettre sur pied «une mission d'urgence de grande envergure», annonce un communiqué de MdM-Suisse.

L'ONG a ainsi affrété un charter qui transportera «dès que possible» 40 tonnes de matériel logistique et d'équipements médicaux. En outre, «dans les heures et jours qui viennent», une équipe d'une douzaine de personnes, soit des médecins, chirurgiens, infirmiers et logisticiens, partira également pour Haïti. Elle devrait «gérer les premiers secours, prendre en charge des opérations chirurgicales, mais aussi évaluer les besoins non couverts».

«Curieusement», relève le Neuchâtelois Nago Humbert, président de MdM, l'aéroport de Port-au-Prince est encore opérationnel.» Ce qui vaut mieux: «Dans ce genre d'événement, on sauve des gens des décombres dans les 72 heures.» Après vient une autre phase, évidemment plus longue: «Il faudra lutter contre les épidémies. Et il risque d'y en avoir, étant donné le nombre de cadavres.»

Nago Humbert sait que son organisation devra aussi faire face à la «désorganisation du système de santé». Et il craint que l'accès aux soins se révèle d'autant plus difficile que, même en temps ordinaire, «conduire sur les routes haïtiennes est une expérience terrifiante».

Pour Médecins du monde Suisse, Haïti représente un terrain relativement connu. L'organisation y est présente depuis 1995 et intervient «depuis plusieurs années» dans la zone de Grand-Goâve, à une trentaine de kilomètres de Port-au-Prince. Avec les autorités et les communautés, elle travaille à «la mise en place d'un système de santé de qualité».

«Nous nous occupons d'une population équivalente à celle du canton de Neuchâtel avec 40 employés, haïtiens en majorité, et quatre volontaires expatriés.» Hier vers 14h50, après plusieurs tentatives, Nago Humbert est parvenu à atteindre l'un de ces expatriés. «On s'est parlé pendant quelques secondes», raconte-t-il, puis nous avons été coupés.»

Le temps, quand même, de comprendre que trois des quatre expatriés sont en bonne santé à Petit-Goâve. «Mais nous sommes sans nouvelles d'une infirmière qui était partie dans les collines. Et nous n'avons pas de nouvelles non plus de notre personnel haïtien.» /jmp

«Je suis soulagée. Ma sœur va bien»

L'Haïtienne Rose-Guillaume Sossous, 53 ans, de Neuchâtel, vit en Suisse depuis plus de vingt ans. Elle a bien sûr téléphoné en Haïti pour prendre des nouvelles de ses proches dès qu'elle a appris que le pays avait été frappé par un tremblement de terre de magnitude 7 sur l'échelle de Richter.

«Je suis soulagée. Ma sœur va bien. Elle vit à Pétion-ville dans la banlieue de Port-au-Prince, la capitale d'Haïti. Mais il y a des disparus. Ma famille est à la recherche de cousins et de tantes. Je suis inquiète pour eux.»

Pour Rose-Guillaume Sossous, «c'est une catastrophe! Je suis touché par la situation en Haïti, mais on ne peut rien faire. Je ne vois pas comment ils vont s'en sortir. Le pays avait déjà beaucoup de problèmes avant le tremblement de terre.»

Haïti compte en effet parmi les pays les plus pauvres au monde. Au classement de l'Indice de développement humain (IDH) du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), Haïti était classé à la 149e place mondiale en 2009.

La Neuchâteloise d'origine haïtienne est retournée la dernière fois dans les Caraïbes il y a cinq ans pour l'enterrement de son père. Rose-Guillaume Sossous estime que seule une quinzaine d'Haïtiens vivent dans le canton.

Neuchâteloise et haïtienne, Magali Mougin, qui a de la famille éloignée sur l'île, n'a pas réussi à prendre de nouvelles. «J'ai beaucoup de famille à New York et Miami. Ils ont aussi essayé d'appeler Haïti, mais n'ont pas réussi. Même chose depuis la Suisse.» /bwe

«Le chaos s'est ajouté au chaos»

«J'ai plusieurs amis là-bas et je me sens très touché affectivement» Animateur du Mouvement des aînés (MdA) de Neuchâtel, Philippe Jaquet a vécu quelques années en Haïti. Et depuis trois ans, il propose aux membres du MdA de participer à la lutte contre l'érosion des sols agricoles dans la vallée de l'Artibonite, au nord de Port-au-Prince (notre édition du 2 décembre 2009).

«J'ai essayé», raconte-t-il, «de joindre quelqu'un à Port-au-Prince. Mais ça ne passe pas. En tout cas, ce que je vois sur CNN et Euronews me fait craindre de très mauvaises nouvelles.»

Philippe Jaquet a en effet été frappé de constater que même des bâtiments considérés comme les plus solides de la capitale haïtienne ont été soit fortement endommagés (le palais de la présidence), soit pratiquement détruits (la cathédrale). «Or, il faut savoir que des bâtiments ordinaires peuvent s'écrouler là-bas sans tremblement de terre. Simplement parce que la misère et la corruption font, par exemple, que le constructeur aura triché avec la proportion de sable dans son béton.»

Et la misère, dans ce genre d'événement, ne se manifeste pas seulement par l'écroulement des bâtiments. «Le chaos provoqué par le tremblement de terre va s'ajouter à un autre chaos: le chaos administratif, qui fait qu'on ne pourra vraisemblablement jamais savoir combien de personnes seront décédées, lesquelles ont disparu, etc».

«Il faut comprendre», ajoute Philippe Jaquet, «que Port-au-Prince, où se concentre l'attention des médias, a été conçue, notamment du point de vue de ses infrastructures, pour 300 000 habitants. On peut estimer qu'elle en compte actuellement dix fois plus. Avant même ce séisme, des gens disaient que Port-au-Prince était une ville foutue. Ce qui posera, après l'urgence, la question de la façon dont on la reconstruira.»

Et les campagnes? Philippe Jaquet n'avait, hier, aucune nouvelle de la vallée de l'Artibonite. «Il est clair que les gens y risquent moins de voir un gros bâtiment s'écrouler sur leur tête. Mais on peut s'inquiéter d'une éventuelle influence du séisme sur la rivière: si l'Artibonite sort de son lit, elle pourrait emporter des champs situés en fond de vallée.» /jmp

VIDÉO

La terre a tremblé en Haïti. Que ce soit du côté de Nago Humbert chez Médecins du Monde, qui compte quatre délégués neuchâtelois dans l'île, où chez la pasteure de Coffrane Yvena Garraud Thomas, dont la famille est restée au pays, c'est l'angoisse.

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